Information politique en télé : cinq choses à changer en urgence

L’interview du chef de l’Etat par David Pujadas le 13 juillet dernier témoigne du manque de pugnacité de nos journalistes télé face aux politiques. Tutelle politique du service public, révérence historique, manque de préparation et différentiel de moyens. L’information politique télévisée doit changer.

David Medioni, journaliste à CB News,compare la prestation de David Pujadas au travail réalisé par Médiapart ces derniers jours. Il y voit fort justement une fracture journalistique entre ceux qui enquêtent et font leur travail de vérification tels Edwy Plenel et les autres, simples “passeurs de plats”.

Je loue comme lui le travail de Mediapart et pas uniquement sur l’affaire Bettencourt (voir leur enquête remarquable sur l’affaire Karachi). Mais attention aussi à ne pas réduire la vraie presse à celle qui révèle des scandales. Il y a de forts risques d’instrumentalisation comme le Canard enchaîné le sait bien. Il y a aussi un risque de dérive démagogique sur le registre Salut du peuple de Marat. Enfin, il ne faut pas oublier les petites victoires du quotidien qui consistent à simplement vérifier un fait, un chiffre, et les mettre en perspective.

Cela dit, cet épisode met en lumière ce que je redoute avec l’irruption sur le web des modèles d’information payants : une information à deux vitesses, un accroissement des inégalités culturelles. Aux classes aisées le décryptage et l’info coûteuse, aux classes plus modestes, la communication ou la rumeur sur le web ou en télévision, média encore dominant sur le plan politique.

La télévision reste de loin la source d’information numéro un de nos compatriotes (cf ci-dessous), son contrôle est primordial pour les politiques dans leur communication auprès des électeurs.  Le pouvoir a très bien compris cela, depuis les débuts de ce média, de De Gaulle à Sarkozy en passant par VGE ou Mitterrand.

Projet Mediapolis, information politique et citoyenneté à l’ère numérique (version française)

UNE TUTELLE POLITIQUE DEPUIS L ORIGINE

La nomination des patrons de l’audiovisuel public est sous le contrôle du chef de l’Etat via le conseil des ministres qu’il préside. Certes le pdg de France Télévision ne rapporte plus directement au ministre de l’Information comme c’était le cas du temps de l’ORTF. Il n’empêche, le lien de vassalité au plus haut niveau existe. On ne mord pas la main qui vous nourrit chez les gens bien élevés. Et lorsqu’on le fait, on se condamne, comme Patrick de Carolis en a fait l’expérience.

D’ailleurs, c’est la réforme constitutionnelle de 2008 qui a renforcé le pouvoir de nomination du chef de l’Etat sur une cinquantaine de patrons du secteur public.

Auparavant, la nomination des pdg de France Télévision ou Radio-France se faisait via le CSA. Il s’agissait de “mettre fin à une hypocrisie” selon le chef de l’Etat puisque les membres du CSA étaient partiellement désignés par le président. En réalité, seuls trois d’entre eux sont directement nommés par lui, sur neuf membres (trois le sont par l’Assemblée, les trois derniers par le Sénat).

De longue date en France, le service politique a été étroitement surveillé et encadré par le pouvoir et ceux qui ont réussi à perdurer dans ce métier, tel Alain Duhamel, ont su faire preuve d’une révérencieuse allégeance.  Sa prétendue “insolence” ou son impudente audace ont toujours été parfaitement tolérées et contrôlées par les pouvoirs politiques et l’intelligence du bonhomme était de donner l’illusion du combat. Comme ces matches de boxe truqués où le perdant désigné doit se battre en apparence pour ne pas éveiller de soupçon et entretenir les paris.

Cette révérence à l’égard des politiques a toujours surpris nos compatriotes étrangers. Certains se souviendront peut-être de cette interview de mars 1993 où des journalistes belges sidérés furent sèchement éconduits par François Mitterrand pour avoir posé une question gênante sur les écoutes élyséennes

De même, nos confrères anglo-saxons s’étonnent que nos journalistes ne reformulent pas les questions auxquelles les politiques se dérobent, jusqu’à ce qu’ils obtiennent une réponse (la méthode BBC).

Les téléspectateurs semblent accepter plutôt bien ces dérobades institutionnalisées via une expression dédiée : la “langue de bois”. Ou alors, est-ce un facteur parmi d’autres expliquant la désaffection vis à vis de la chose publique ?

LE MENSONGE EN DIRECT NOUVELLE TECHNIQUE IMPARABLE

Depuis la campagne présidentielle de 2007, est apparu une nouvelle technique redoutablement efficace : le mensonge en direct. Le candidat Sarkozy, à l’instar de son opposante Ségolène Royal, ont raconté des sornettes, rabaissé ou exagéré les chiffres, affabulé devant les Français et ce, à de nombreuses reprises

Bien sûr les “bourdes”, comme on a nommé par euphémisme ces erreurs à répétition, ont le plus souvent été relevées et critiquées dans la presse le lendemain, mais compte tenu du fort différentiel d’audience entre la télé et la presse, le mal n’était jamais corrigé.

Les politiques, fin observateurs, ont bien compris qu’en télévision, il faut surtout avoir raison en temps réel, à tout prix, même au risque de mentir ou de se tromper. Le risque est pleinement calculé, car on convainc arithmétiquement plus de monde qu’on en perd. Cf le schéma illustratif ci-dessous (les volumes de temps et d’audience sont illustratifs du mécanisme et non “scientifiques”).

differentiel audience tv-presse

differentiel audience tv-presse

MANQUE DE PREPARATION ET ASYMETRIE DES MOYENS

On a certes des doutes sur le professionnalisme de quelques présentateurs-journalistes lors de certains débats télévisés. Qu’il s’agisse de PPDA, Arlette Chabot ou David Pujadas, on a pu mettre leur faible pugnacité sur le compte d’un certain manque de courage. Celui de poser la question qui fâche, celui de rectifier un propos erroné, celui de reformuler une question. Compte tenu de la tutelle politique (France 2) ou économique (TF1), on peut comprendre humainement que nos journalistes vedettes ne se suicident pas professionnellement, mais on ne peut l’accepter sur le plan déontologique.

Mais à mon avis, le problème vient moins d’une soumission délibérée au pouvoir que d’un manque de préparation. Face aux politiques entourés d’une armée de conseillers et petites mains qui balisent leurs interventions télévisées, les journalistes ne sont pas de taille. Les élus et gouvernants arrivent souvent bien mieux préparés que leurs interlocuteurs, avec des chiffres, des faits, des arguments, une gestuelle, des mots et phrases “clés” pour faire mouche. Tel le fameux “monopole du coeur” de VGE en 1974.

De leur côté, les journalistes-présentateurs télé sont des généralistes, avec une bonne voire une excellente culture générale, mais experts de rien. Ils sont incapables de déceler les erreurs disséminées dans un propos un tant soit peu pointu. Les anciens “rubriquards” connaissant parfaitement les données précises de leur spécialité, ont laissé la place aux Polyvalents Populaires, les PéPés pourrait-on dire.

Nicolas Sarkozy peut donc déclarer, entre autres sottises, dans “J’ai une question à vous poser” sur TF1 en mars 2007 : “Le SMIC, c’est le salaire de la moitié des Français.” (15,6% selon l’agence Eurostat, à l’époque) sans être contredit sur le moment.

Ségolène Royal énoncer des chiffres ahurissants sur le nombre de femmes tuées par leurs conjoints, sans que son interlocutrice ne la corrige. Ou encore les deux candidats proférer des énormités sur le nucléaire français en direct, sans être inquiétés le moins du monde  durant l’émission.

CINQ MANIERES DE CHANGER LE TRAITEMENT POLITIQUE EN TV

1- Redonner leur place aux experts, chefs de rubriques, techniciens-journalistes. Et les impliquer dans les émissions en direct. Le généraliste ne sera là que pour animer l’émission, enchaîner les sujets et encadrer les débats.

2- Travailler collectivement pour mieux préparer les émissions à fort enjeu : avoir les chiffres et faits précis sur les sujets qu’on s’apprête à aborder. Pourquoi pas d’ailleurs un tableau de bord sur les murs du plateau de l’émission elle-même ? La pratique collective est aussi un moyen de se protéger contre la sanction politicienne : on ne pourra pas punir tous les coupables, coller la classe toute entière.

3- Il faut surtout instaurer un dispositif de vérification en temps réel des propos énoncés. Une cellule de “fact checking” qui pourra intervenir en direct au cours de l’émission pour corriger une erreur. Un nouveau concept d’émission pourrait même être inventé : “Droit de rectification”, après le fameux et défunt “Droit de réponse”.

4- Mettre un terme à la tutelle politique directe sur le service public et permettre un contre-pouvoir des journalistes en cas d’abus (vote à la majorité absolue d’une motion de défiance à l’égard du pdg de la chaîne par les journalistes)

5- Changer les mentalités : reformuler plusieurs fois une question n’est pas une agression, corriger un politique n’est pas impoli. Inspirons-nous des méthodes d’interview anglo-saxonnes : être courtois mais têtu.

Il est vital pour notre démocratie que la télévision s’adapte à la vitesse de nos modes de vie qui donnent la primeur à l’instant *. Gare à cette société sans mémoire, de la réaction et de l’émotion. Comme les poissons rouges, elle tourne en rond.

* En témoigne d’ailleurs le temps qu’il m’a fallu pour retrouver sur Internet certains articles et vidéos de la campagne présidentielle 2007, pour la plupart effacés ou enfouis dans les méandres du web.

Lire l’article du post.fr : le gentil Pujadas passe les plats et offre une tribune au président

Et aussi via l’AFP : Interview Sarkozy par Pujadas: “une honte” pour le SNJ-CGT de France Télévisions

Cyrille Frank aka Cyceron

Témoignages clients

Médiaculture a formé 80 personnes depuis janvier 2017, sur 8 thématiques différentes. Le taux de satisfaction des stagiaire est de près de 94%, dont plus de 73% de très satisfaits.

Voici, pour les plus satisfaits, quelques-unes de leur appréciations :


Anne Le Hars, rédactrice en chef France 3 Côte d’Azur:

FRANCE TELEVISIONS

“Très pratique, concret, bonne mise à jour. Parfait, merci !”

 

Fabien Soccio, Responsable Brand Content

MONABANQ

“Pro et accessible, parfaitement dans le sujet !”

Hervé Rabillard, Conseiller Emploi :

MONDIAL ASSISTANCE

“Formation interactive en prise avec l’actualité. Animation de qualité par un expert et passionné !”

Nathalie Quarti, Chargée de Communication :

APICIL

“Très sceptique à la base sur l’intérêt des réseaux sociaux, j’ai aimé les notions de générosité dans la diffusion des contenus. Je repars de la formation avec l’envie de mettre en pratique les premiers apprentissages.”

Véronique Martinez Sarrio, Chargée de marketing :

APICIL

“Une approche à la fois technique et pragmatique qui donne à cette formation un fort intérêt sur le plan personnel et professionnel”

Guillaume Chevalier, Responsable Yahoo News :

YAHOO

“Très bonne formation, bien menée afin de comprendre comment se comporter sur les réseaux sociaux. Je me sens beaucoup plus armé pour guider mes équipes vers l’optimisation de nos contenus.”

Laura N’Damite, Chef de produit :

VOYAGES SNCF

“Un formateur compétent et motivé”

Hadrien Hiault, Responsable Yahoo Sport :

YAHOO

“Une formation de qualité qui répond à de nombreuses questions pratiques. Les exemples donnés sont pertinents, les réponses apportées par Cyrille permettent d’envisager la future stratégie éditoriale avec de nombreux outils.”

Médiaculture : règlement intérieur

RÈGLEMENT INTÉRIEUR

ARTICLE L6352-3 ET SUIVANTS DU CODE DU TRAVAIL
I – Préambule
Médiaculture est un organisme de formation professionnel indépendant domicilié au 8, place des martyrs, 92110, Clichy.
Le présent Règlement Intérieur a vocation à préciser certaines dispositions s’appliquant à tous les participants aux différentes formations organisées par l’entreprise.

Définitions :
– Médiaculture sera dénommé ci-après « Organisme de formation » ;
– les personnes suivant la formation seront dénommées ci-après « participants » ;
– le gérant de Médiaculture, Cyrille Frank, sera ci-après dénommé « le responsable de l’organisme de formation ».

II – Dispositions Générales

ARTICLE 1
Conformément aux articles L 6352-3 et suivants et R 6351-1 et suivants du Code de travail, le présent Règlement Intérieur a pour objet de définir les règles générales et permanentes et de préciser la réglementation en matière d’hygiène et de sécurité ainsi que les règles relatives à la discipline, notamment les sanctions applicables aux participants et les droits de ceux-ci en cas de sanction.

III – Champ d’application
ARTICLE 2 : PERSONNES CONCERNÉES

Le présent Règlement s’applique à tous les participants inscrits à une session dispensée par l’organisme de formation et ce, pour toute la durée de la formation suivie. Les dispositions du présent règlement sont applicables dans tous lieux où se tient la formation ; au sein des locaux de l’organisme de formation, mais également dans les locaux extérieurs (ci-après ensemble ou séparément le Centre).

IV – Hygiène et sécurité
ARTICLE 3 : RÈGLES GÉNÉRALES

Chaque participant doit veiller à sa sécurité personnelle et à celle des autres en respectant, en fonction de sa formation, les consignes générales et particulières de sécurité en vigueur sur les lieux de formation, ainsi qu’en matière d’hygiène et sécurité.

ARTICLE 4 : BOISSONS ALCOOLISÉES

Il est interdit aux participants de pénétrer ou de séjourner dans l’établissement en état d’ivresse ainsi que d’y introduire des boissons alcoolisées.

ARTICLE 5 : INTERDICTION DE FUMER

En application du décret n°2006-1386 du 15 novembre 2006, il est interdit de fumer dans les locaux de formation. Des cendriers sont à disposition à l’extérieur de l’immeuble. Il est interdit de fumer devant les portes d’entrée des locaux et de jeter les mégots par terre.

ARTICLE 6 : LIEUX DE RESTAURATION

Il est interdit de prendre ses repas dans les salles où se déroulent les formations.

ARTICLE 7 : CONSIGNES D’INCENDIE

Conformément aux articles R 4227-28 et suivants du Code du travail, les consignes d’incendie et notamment un plan de localisation des extincteurs et des issues de secours sont affichés dans les locaux de formation de manière à être connus de tous les participants.

ARTICLE 8 : ACCIDENT

Tout participant est tenu d’utiliser tous les moyens de protection individuels et collectifs mis à sa disposition pour éviter les accidents et de respecter strictement les consignes particulières données à cet effet.
Tout accident ou incident survenu à l’occasion ou en cours de formation doit être immédiatement déclaré par le participant accidenté ou les personnes témoins de l’accident, au responsable de l’organisme.

V – Discipline
ARTICLE 9 : HORAIRES DE FORMATION

Les horaires de formation sont fixés par l’organisme de formation et portés à la connaissance des participants soit par la convocation adressée, soit à l’occasion de la remise aux participants du programme de formation. Les participants sont tenus de respecter ces horaires.

L’organisme de formation se réserve, dans les limites imposées par des dispositions en vigueur, le droit de modifier les horaires de formation en fonction des nécessités de service. Les participants doivent se conformer aux modifications apportées par l’organisme de formation aux horaires d’organisation de la formation.

En cas d’absence, de départ anticipé ou de retard à la formation, il est demandé au participant d’en avertir soit le service inscriptions, soit l’accueil. Par ailleurs, une fiche de présence doit être signée par le participant matin et après midi.

ARTICLE 10 : OCCUPATION DES SALLES DE FORMATION

Sauf autorisation expresse de l’organisme de formation, les participants ayant accès au lieu de formation pour suivre leur formation ne peuvent :
– y entrer ou y demeurer à d’autres fins ;
– faciliter l’introduction de tierces personnes à l’organisme.
– rester dans la salle de formation sans la présence du responsable de formation.

L’organisme de formation décline toute responsabilité si contrairement au règlement, un participant est resté dans les locaux en dehors des heures autorisées et que ce dernier a subi un dommage.

ARTICLE 11 : USAGE DU MATÉRIEL

Chaque participant a l’obligation de conserver en bon état le matériel qui lui est confié en vue de sa formation. Les participants sont tenus d’utiliser le matériel conformément à son objet : l’utilisation du matériel à d’autres fins, notamment personnelles est interdite. A la fin du stage, le participant est tenu de restituer tout matériel et document en sa possession appartenant à l’organisme de formation.

ARTICLE 12 : ENREGISTREMENTS

Il est formellement interdit, sauf dérogation expresse, d’enregistrer ou de filmer les sessions de formation.

ARTICLE 13 : DOCUMENTATION PÉDAGOGIQUE
La documentation pédagogique remise lors des sessions de formation est protégée au titre des droits d’auteur et ne peut être réutilisée autrement que pour un strict usage personnel.

ARTICLE 14 : RESPONSABILITÉ DE L’ORGANISME EN CAS DE VOL OU ENDOMMAGEMENT DE BIENS PERSONNELS DES PARTICIPANTS

L’organisme de formation décline toute responsabilité en cas de perte, vol ou détérioration des objets personnels de toute nature déposés par les participants dans les locaux de formation.

ARTICLE 15 : NATURE ET ÉCHELLE DES SANCTIONS

Tout comportement considéré comme fautif par le directeur de l’organisme de formation ou son représentant pourra, en fonction de sa nature et de sa gravité, faire l’objet de l’une des sanctions suivantes :
– avertissement écrit,
– exclusion temporaire,
– exclusion définitive.
L’exclusion du participant ne pourra en aucun cas donner lieu au remboursement des sommes payées pour la formation.

ARTICLE 16 : PROCÉDURE DISCIPLINAIRE

Aucune sanction ne peut être infligée à un participant sans que celui-ci ait été informé au préalable des griefs retenus contre lui. Lorsque le comportement du participant justifie une exclusion temporaire ou définitive, le responsable de l’organisme de formation ou son représentant convoque le participant en lui indiquant l’objet de cette convocation.
La convocation précise la date, l’heure et le lieu de l’entretien. Elle est écrite et adressée par lettre recommandée ou remise à l’intéressé en main propre contre décharge.
Au cours de l’entretien, le participant peut se faire assister par une personne de son choix, participant ou salarié de l’organisme de formation. La convocation mentionnée ci-dessus fait état de cette faculté.

VI – Publicité et date d’entrée en vigueur
ARTICLE 17 : PUBLICITÉ

Le présent règlement est mis à la disposition de chaque participant, sur simple demande.
Un exemplaire du présent règlement est disponible à l’accueil et consultable sur le site internet de l’organisme de formation www.mediculture.fr

Mediaculture
8, place des martyrs
92110 Clichy
Tel : 016 60 38 55 18

contact@mediaculture.fr

Avec son titre-insulte, l’Equipe est-il allé trop loin ?

Une de l'Equipe - 19 juin 2010

Une de l'Equipe - 19 juin 2010

Depuis cette Une du quotidien sportif et le drame ubuesque qui a suivi, les avis divergent sur la pertinence de ce sujet et son traitement.

Vue l’ampleur des conséquences pour l’équipe de France, mais aussi pour l‘image du pays dans le monde, se posent deux questions : fallait-il relayer cette info et était-il nécessaire de titrer l’insulte elle-même ?

LES ARGUMENTS CONTRE LA MEDIATISATION DE L’INFORMATION

– Cette insulte : “va te faire enculer, sale fils de pute” est courante dans les vestiaires, elle fait partie des moments habituels et inhérents au sport de haut niveau. Elle n’aurait jamais du sortir du cadre privé d’où elle émane. C’est la position de Raymond Domenech qui valide ainsi l’argument de “trahison” évoqué par Patrick Evra et Frank Ribéry.

– Ce micro-évènement n’est devenu un drame que via sa médiatisation. Toute vérité n’est pas bonne à dire, surtout quand on est observé par la planète entière et quand les enjeux sont aussi importants, et pas uniquement sur le plan financier. On pense à l’image désastreuse de l’équipe de France  et donc du pays qu’elle représente, on pense au désarroi des amateurs et supporters, on pense au peuple souverain dont on abîme le rêve.

– Cette médiatisation relève d’une “peopolisation” néfaste de l’information destinée à vendre davantage de papier. Elle n’apporte rien sur le plan sportif, elle ne fait que créer le désordre.

– C’est un très mauvais exemple pour la jeunesse, c’est une banalisation de la grossièreté déjà vulgarisée et légitimée par le politique lui-même.

LES ARGUMENTS FAVORABLES A CETTE MEDIATISATION

– Cette insulte n’est pas anodine, elle est que la dernière illustration d’un problème global de comportement de Nicolas Anelka qui n’est pas nouveau. Relayer ce propos était important pour comprendre le problème profond de cette équipe de France qui a témoigné récemment de son naufrage. Car ce manque de respect des mots illustre aussi le manque de respect des consignes, Nicolas Anelka n’ayant pas accepté au cours des deux derniers matchs  le positionnement tactique qui lui était attribué par le sélectionneur.

L’historique de Nicolas Anelka et ses différents déboires dans de nombreux clubs empêchait de prendre cet évènement comme un dérapage isolé.

– Le rôle du journaliste est de médiatiser des informations qui ont du sens, qui apportent un éclairage sur un problème réel. Il doit être avant tout au service des lecteurs-citoyens, y compris si cela doit heurter les intérêts politiques ou financiers. Ici, il était utile au lecteur d’apprendre qu’il y avait un problème comportemental au sein de l’équipe de France, qui est avant tout la représentation de la République et pas n’importe quelle société “privée”. Raison pour laquelle elle doit rendre des comptes vis-à-vis des citoyens et ses représentants.

– Le journaliste est aussi un citoyen lui-même et il lui appartient de défendre les valeurs qui lui sont chères et d’avoir, pourquoi pas, une action réelle sur le cours des évènements. La conception du journaliste simple observateur neutre et impartial est une chimère et une hypocrisie.

LES ARGUMENTS CONTRE LE TITRE LUI-MEME

Le sujet est légitime mais la forme est contestable. Cette insulte violente reprise dans le titre est racoleuse et néfaste.

– Elle contribue à la dévalorisation des médias qui ne prennent plus la distance nécessaire par rapport aux faits, se contentant de relayer le propos  en Une, pour mieux attirer le chaland en jouant sur la fibre émotionnelle. (on disqualifie d’emblée le fond en mettant en avant la forme injurieuse).

– Elle amplifie inutilement la gravité de l’affaire en décuplant son caractère choquant. Ce qui est à l’origine de l’enchaînement dramatique des évènements qui tombent comme des dominos, poussés par un souffle médiatique “artificiel”.

LES ARGUMENTS EN FAVEUR DU TITRE CHOQUANT

Il fallait choquer car les propos, même tenus dans l’intimité d’un vestiaire, ne sont pas acceptables. Et c’est peut-être cette indulgence qui explique aussi le manque d’autorité du sélectionneur vis à vis de ses joueurs. D’autres avant lui n’ont pas hésité à écarter les fortes têtes (Anelka, Cantona, Ginola…) pour garder le contrôle sur le groupe.

– Sans pouvoir anticiper le mélodrame incroyable qui a suivi, l’Equipe a eu raison de lancer ce pavé dans la mare pour témoigner de l’ampleur du problème et appeler à la responsabilité de tous dans cet échec sportif patent.

– L’électrochoc était aussi une nécessité pour anticiper une refondation salutaire sur de meilleures bases à l’aube d’une élimination quasi-assurée.

UN “J’ACCUSE” MODERNE : LA DENONCIATION UTILE DES JOURNALISTES

Cette “affaire” sur un plan journalistique montre toute la difficulté de la déontologie de la profession. Elle confronte ce métier à ses valeurs profondes, à ses missions et ses limites.

De mon point de vue, le journalisme ne doit pas franchir la ligne de l’exécutif : elle ne doit pas servir de façon unilatérale un clan, un pouvoir quelconque, ou même une cause, au risque de passer dans le militantisme et la politique. En revanche elle peut et elle doit dans certains cas, prendre partie et ne peut s’abriter confortablement derrière une impartialité impossible. Le journaliste est aussi citoyen, il peut défendre des valeurs.

En le cas d’espèce,   je soutiens le sujet de l’Equipe qui était selon moi bien plus qu’un épiphénomène (et la suite des évènements tend à me donner raison). Sur la forme, je ne suis pas sûr que l’électrochoc de l’insulte en Une était nécessaire et je crains qu’elle ne crée un précédent dangereux pour les médias, façon tabloïd britannique.

Par son titre, l’Equipe a eu un réel pouvoir politique. Il a dynamité la fourmilière footbalistique et on peut se demander s’il n’a pas outrepassé sa fonction.

Je pense cependant qu’en l’occurrence, il a eu raison sur le fond, car il fallait dénoncer une situation exceptionnelle. Il est des cas où le journaliste doit sortir de sa modération pour faire éclater une vérité désagréable, pour crier “le roi est nu !”. C’est la même logique qui a prévalu lors du fameux “J’accuse” de Zola, pour des motifs plus nobles et graves, mais pas différents sur le fond.

Par ailleurs, ne tuons pas le messager funeste comme dans l’Antiquité, ne confondons pas symptôme et maladie. Oui, les médias révèlent des scandales, ce qui crée du “désordre”. Mais ce désordre vient avant tout du scandale lui-même, pas de sa médiatisation. A oublier ceci, on prend un grand risque pour notre démocratie. L’auto-censure “positive” est l’arme des régimes autoritaires. Je préfère un peu trop de scandale que pas du tout. Et vous 😉 ?

Cyrille Frank aka Cyceron

Polémiques, Twitts-clashs, web-bastons… paroxysme de la société du spectacle ?

Pas un jour presque sans que n’apparaisse sur le réseau une nouvelle polémique, un  “twitt-clash”, un “blog-bashing”… Querelles orchestrées par d’habiles provocateurs et suivies par la masse des internautes ravis du spectacle.

L’un des derniers épisodes en date, c’est le web-bashing de Guy Birenbaum à l’encontre de Jean-Michel Aphatie par. Et la réponse de l’intéressé qui a fait monter encore un peu plus la mayonnaise, à la grande joie du premier.

Ces épisodes de baston virtuelle sur le réseau sont foison, entretenues avec délectation et savoir-faire par des spécialistes du genre, ou simplement déclenchées par des leaders d’opinion, tel le dernier couple ennemi florencedesruol et vincentglad.

Je vous fais grâce de l’inventaire laborieux de toutes ces chamailleries qui font l’objet aujourd’hui de fils d’infos dédiés : tweet_clash, ou encore twittpoubelle

COMMENT EXPLIQUER CE PHENOMENE ?

Du côté des récepteurs d’abord vient une réponse facile : l’Homme un brin sadique, aime l’odeur du sang. C’est sans doute un héritage de notre nature animale, de nos instincts combattifs, de nos gènes et nos hormones. Mais je n’en dirai pas plus au risque de me fâcher avec les partisans de telle ou telle école scientifique. Quoi qu’il en soit, les manifestations de cette cruauté et ce goût du macabre ou morbide sont légion.

Rappelez-vous les attroupements passifs devant les bagarres de cours de récré. Ou les embouteillages monstres sur l’autoroute A13 dus aux conducteurs-voyeurs d’un accident mortel.
Ou même de façon encore plus structurelle, le succès constant des faits divers et multiples canards sordides

Mais ce goût du public pour l’affrontement a d’autres raisons plus subtiles, plus indirectes.

LUTTER CONTRE L’APATHIE (sans mauvais jeu de mot)

En ces temps de politiquement correct, de fusion sociale, de consensus systématique, les occasions d’assister à l’expression de points de vues et d’attitude divergente se font de plus en plus rares. Et selon la loi classique de l’offre et la demande, ce qui est rare prend donc de la valeur.

Enfin quelque chose qui nous sort de cette émollient sentiment que tout le monde est d’accord, partage la même opinion, est si tolérant, ouvert, moderne… Sentiment d’autant plus sensible parmi les classes  supérieures sur-représentées des twitteurs-blogueurs.

Ces affrontements créent aussi des événements artificiels dans nos vies tertiarisées derrière nos écrans qui manquent singulièrement de diversité, pour ne pas dire de piment. “Oulala, t’as vu ce qu’il a dit à la maîtresse ?”

Les polémiques permettent enfin de simplifier la lecture du monde, de l’actualité sur un mode binaire : d’accord, pas d’accord. Qui va de pair avec le j’aime, j’aime pas de Facebook qui annule toute nuance et réduit la communication à une question fermée.

DU COTE DES (VILAINS) ORGANISATEURS

La première raison tient à la création de trafic et de notoriété pour gagner en valeur médiatique, en influence. Etre “quelqu’un” sur la toile se mesure aussi à sa capacité à générer du bruit, du buzz.

Les nouveaux médiateurs des médias numériques ne font d’ailleurs qu’imiter les médias traditionnels, toujours enclins à exploiter la moindre polémique pour vendre. Qu’on se rappelle”Droit de réponse”, “Piques et polémiques”, “On ne peut pas plaire à tout le monde”… pour ne citer que les émissions de télévision.

Les bastons publiques permettent aussi de cultiver une distance savamment étudiée par rapport à la norme, celle qui permet d’être un socialement transcendant, à la fois extérieur et donc supérieur à la foule. Etre un poil grossier, libidineux, sordide ou de mauvais goût permet alors de véhiculer des valeurs plus positives que négatives au sein du milieu éduqué de la blogo-twitto-sphère.

  • L’honnêteté intellectuelle, de la transparence morale. Le message implicite est “je ne me pare pas de toutes les vertus, je reconnais même publiquement mes vices”

  • L’assurance, la force. “Même pas mal, je suis au dessus de ça, je maîtrise…” C’est Brice de Nice, le champion local du cassage potache.

  • Une certaine forme de courage. Celle de défendre ses positions, au risque d’y perdre la face. On est tout à fait dans le registre du film Ridicule où les mots sont comme des armes qui tuent socialement (voir video ci-dessus)


UNE TENDANCE EN HAUSSE ?

Difficile à confirmer sans une étude quantitative, mais j’ai le sentiment qu’en effet ce phénomène s’accentue à la fois dans les médias traditionnels et plus encore sur les médias semi-pro que sont Twitter et les blogs.

La société du spectacle semble s’être amplifiée sous l’effet des nouveaux outils et de la concurrence accrue des médias entre eux. Notre société des loisirs, notre temps libre et confort croissant (du moins pour les classes moyennes-supérieures) nous rapproche de cette vision décrite dans le film “Roller-ball”, plus subtil qu’il ne paraît.

Les pulsions violentes d’une population oisive, qui explosent à force d’être réprimées par le consensus artificiel, maintenu par le jeu, la drogue et Big Brother. Remplacez la drogue par la TV… Cela ne vous rappelle rien ?

Cyrille Frank aka Cyceron

Feelings, fun, fond : Les trois « F » de steve Jobs

Qui n’ a vu une présentation de Steve Jobs rate quelque chose… Cet indiscutable visionnaire et businessman, a aussi un grand talent : vendre ses idées. Il y parvient car il fournit un joli emballage. Divertissement (fun), émotions (feelings) au service du propos (fond).

La vidéo ci-dessus- beaucoup trop longue pour les gens “normaux” qui ont un métier, eux- mérite d’être regardée et disséquée, car elle résume bien les bonnes pratiques éditoriales.

A l’heure où les spécialistes de la communication glosent à n’en plus finir sur le story-telling, Steve Jobs nous montre à travers un simple discours comment cela fonctionne, simplement. Le discours du patron d’Apple aux frais diplômés de Stanford, moment généralement pénible, est un exemple du genre.

1/ DU CONCRET, DE LA SIMPLICITE

C’est la force de la narration, elle s’appuie sur des faits, pas sur des concepts. Un exemple vaut mieux bien des explications pour nos esprits étroits. Ce qu’a très bien compris Steve Jobs, c’est qu’il faut mettre l’exemple avant. Cela permet de captiver l’attention du public jusqu’au dénouement final : le conseil, la leçon ou simplement l’épilogue, si l’on est dans de la fiction pure.

2/ DE L’EMOTION COCO

Steve s’appuie très fortement sur l’émotion pour capter l’attention de son auditoire. Il raconte des faits personnels, gages de sincérité et facteurs d’identification. Lorsque l’on parle de soi, il y a fort à parier que l’on touche les autres, car on est tous faits de la même eau (d’autres diraient que l’on est tous plus ou moins déterminés socialement par les mêmes causes). C’est principalement ce qui explique le succès des grandes missions de déballage de soi, de Mireille Dumas à Jean-Luc Delarue…

3/ DU DIVERTISSEMENT, DU FUN, DU PLAISIR

Laurence, commentant mon dernier billet, me reprochait d’avoir pris un très mauvais exemple avec Apple pour évoquer la capacité de la marque à simplifier :”La comparaison avec le packaging mac est particulièrement raté : L’apparente simplicité du design est le produit d’un raisonnement très pointu”.

Mon propos était de dire combien les interface simples conçues par Apple (indépendamment du travail incroyable qu’ils ont nécessité) ont permis de servir le fond : des usages en l’occurrence. Le discours ci-dessus, illustre mieux que tous les discours, cette même philosophie. Il est rempli de petites blagues et de clins d’oeil (connotations porteuses de complicité) qui rendent le fond digeste et agréable à suivre. C’est ce que j’appelle l’emballage, c’est l’effort de vulgarisation ou de pédagogie sur le ton qui ne réduit en rien la qualité du discours.

Ainsi Jobs qui commence son discours par un peu d’auto-dérision réussit à désamorcer d’emblée le caractère roboratif de l’exercice. “je ne suis pas diplômé  et je n’ai jamais été aussi prêt du diplôme de l’enseignement supérieur”.

Idem lorsqu’il se égratigne Microsoft sur le fait que l’interface typographique soignée du Mac a pu aussi se généraliser dans le monde PC, car elle a été copiée par Microsoft. Autant de petites relances sympathiques du discours qui ajoutent du fun, du plaisir en français.
4/ DU FOND

Mais ce discours est surtout réussi parce qu‘il sert un propos, parce qu’il dit des choses qui sonnent justes et qui sont illustrées par des exemples forts, à commencer par la vie, le parcours de son émissaire.

Jobs ne dispense rien que des conseils classiques, pour ne pas dire un peu gnan-gnan : “croyez en vous, écoutez votre passion, allez à l’essentiel, ne renoncez pas, n’ayez pas peur… (non il n’est pas subventionné par Jean-Paul II)

L’alchimie entre la forme et le fond lui donne cependant toute sa valeur : on écoute, on s’amuse, on est ému, on est convaincu.

C’est la leçon que je retiendrai de ce discours – n’étant pas diplômé de Stanbford – et qui illustre la philosophe de la pomme à l’ oeuvre dans la plupart de ses produits.

Cyrille Frank aka Cyceron

PS : merci @JulienJacob et @freddymini pour le lien du discours 🙂

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