Qualité des contenus : dix exemples à ne pas suivre

Titre racoleur, promesse pas tenue, faible quantité d’information… voici les pratiques à proscrire pour ceux qui veulent produire des contenus de qualité, qu’ils soient gens de médias ou de marketing.

1. Titre racoleur qui cultive inutilement la peur

« Les ampoules à LED sont-elles dangereuses ? » Le titre suffit à rendre ces ampoules totalement douteuses.

D’autant que l’essentiel de l’article passe en revue les risques sur la rétine. Vous noterez le « à chaque fois », qui laisse penser qu’une seule exposition suffirait à rendre aveugle.

« A chaque fois qu’ils actionnent l’interrupteur, les consommateurs équipés de lampes LED s’acheminent-ils vers une possible cécité ? »

L’INRS (institut national de recherche et sécurité) qui a analysé l’étude de l’Inserm et de l’ANSES explique les choses bien autrement :

La norme NF62471 définit quatre groupes de dangerosité pour les sources de rayonnements optiques liés à la durée d’exposition maximale admissible de l’œil à la lumière :

  • GR0 – groupe de risque 0 : pas de risque quel que soit le temps d’observation de la source
  • GR1 – groupe de risque 1 (risque faible) : temps d’exposition maximal de 10 000 s (3 h)
  • GR2 – groupe de risque 2 (risque modéré) : temps d’exposition maximal de 100 s
  • GR3 – groupe de risque 3 (risque élevé) : temps d’exposition maximal de 0,25 s

Obligatoire à la vente, le marquage CE des lampes et luminaires impose d’afficher leur classement en termes de risques photobiologiques s’il dépasse GR1.

Pour les dispositifs d’éclairage général des locaux appartenant aux groupes GR0 et GR1, il n’y a pas, a priori, de risque pour les yeux en conditions d’utilisation normale : pas de vision directe des lampes ou des LED, grâce notamment à l’utilisation de luminaires équipés de diffuseurs ou de grilles de défilement.

En gros, même en passant plus de trois heures consécutives devant certaines de ces ampoules, le risque est faible ou nul. D’ailleurs, c’est ce que conclut l’article que j’épingle, en disant le contraire de ce qu’il raconte durant l’essentiel de sa prose : « faut-il pour autant refuser ce type d’éclairage ? Non ». Tout ça, pour ça.

CONSEIL : cessez vraiment de cultiver la peur pour faire de l’audience. C’est un calcul à court terme qui abime la confiance des lecteurs quand ils s’en rendent compte (cf baromètre annuel La Croix, p. 7).

Ne parlez pas pour ne rien dire, et concentrez-vous sur les vrais risques qui sont assez nombreux, pour ne pas avoir à en inventer.

2. Tribune racoleuse et indécente qui, en cherchant le buzz, promeut un business contestable

« Il y a un Ku Klux Klan contre l’homéopathie ». Le directeur général des Laboratoires Boiron, Christian Boiron, répond aux attaques portées contre l’homéopathie.

Sérieux ? L’analogie entre les critiques portées contre l’efficacité de l’homéopathie (sans parler de son remboursement partiel par la Sécurité sociale) et le Ku Klux Klan est d’une indécence incroyable !

Cette tribune qui laisse la parole libre au patron de Boiron – sans contradiction – est une hérésie journalistique.

Le pire dans cette polémique, n’est d’ailleurs pas la question du remboursement, mais bien la suspicion que les médecines « parallèles » instille à propos de la médecine conventionnelle (et non « allopathique »). La médecine, tout simplement, que le patron de Boiron sape avec des phrases comme celle-ci :

« Quand on dit qu’il faut démontrer en médecine et que la médecine est une pratique scientifique ce sont deux idioties. La médecine est humaine. Deux malades de la grippe n’auront pas les mêmes réactions. »

CONSEIL : évitez le buzz à tout prix. Il y a derrière ces questions des enjeux de santé publique graves (pensez à la chute inquiétante des taux de vaccination dans nos pays modernes).

Apportez la contradiction et faites appel à des spécialistes pour interroger ces filous, ne leur servez pas la soupe.

3. Sondage populiste qui encourage les stéréotypes pour faire du clic

La semaine prochaine : les femmes sont-elles vraiment aussi intelligentes que les hommes ? C’est raccord avec le niveau de l’émission qui reproduit fidèlement la discussion de comptoir.

CONSEIL : prendre les gens pour des imbéciles et les entretenir dans leur bêtise supposée n’est, à mon sens, pas un bon moyen de les fidéliser. 

4. Je ne sais rien, mais je dirai tout !

« Un prêtre gifle un bébé en plein baptême et provoque l’indignation »

Au delà du niveau d’intérêt de cet article qui semble plutôt faible, ce qui me choque c’est l’absence totale d’infos.

Il y a juste le relais d’un buzz Youtube. Pourquoi pas, mais le travail de vérification a été fait par Libération. Une reprise qui n’arrive même pas au terme de l’affaire : quelle sanction pour ce prêtre ? Ah, oui, mais il fallait surfer le plus vite possible sur le buzz…

D’après « Libération », la famille sera reçue par le prêtre référent du secteur vendredi en fin de journée afin que la « maman puisse s’exprimer ». Et si sanction il y a, elle sera communiquée au prêtre en ce début d’après-midi. Quoi qu’il en soit, les images ont largement indigné les internautes.

CONSEIL : C’est toujours dangereux de publier les infos qu’on n’a pas validées soi-même (exception faite des actus internationales de l’AFP, qui est souvent bien mieux équipé que vous, pour faire le job).

Traiter le buzz, c’est intéressant dans une logique d’audience. Mais vous croyez qu’on s’abonne à un journal pour ce type d’infos (lacunaires) ?

5. Confusion classique entre corrélation et causalité : conclusion absurde

Déserts médicaux. Plus de cas d’hypertension et de surpoids

« Le surpoids et l’hypertension artérielle seraient plus répandus chez les Français vivant dans des zones de désert médical que dans le reste de la population.

En effet, plus le délai d’attente pour obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste est long, plus la proportion des personnes touchée par ces deux pathologies est élevée. »

Et la possibilité que les déserts médicaux, soient aussi des déserts d’emploi, donc pauvres, statistiquement plus touchés par « la malbouffe », la sédentarité, l’alcoolisme etc. Autant de facteurs d’accentuation des problèmes de santé en général, et notamment d’hypertension ?

Au mieux, le manque de médecins accentue le problème, il ne le crée sûrement pas. C’est ce que finit par dire l’article, mais dans le dernier paragraphe !

CONSEIL : Ne montez pas en épingle une info pour doper artificiellement votre angle. Une petite formation aux bases de l’analyse statistique ne serait pas du luxe, pour certains.

6. Enfonçage de portes ouvertes, faible valeur ajoutée

« Choisissez des images de qualité » : c’est quoi une image de qualité ? C’est là toute la question. Ce conseil a autant de valeur que de préconiser d’être charmant pour séduire. Heuh, certes… oui, mais on fait comment, concrètement ?

« N’hésitez pas à insérer plusieurs images pour alléger votre support (une image vos 1 000 mots) » : vaut 1000 mots, mon conseil : relisez-vous et utilisez un correcteur orthographique. Expression à l’emporte-pièce qui n’a pas grand sens. Tout dépend de l’image et du sujet. 1000 mots ? Pourquoi pas 1 million ?

CONSEIL: évitez les généralités, soyez précis dans vos conseils, appuyez-les sur des exemplEs concrets. Et bien sûr, veillez à l’orthographe.

7. Délayage hors sujet, peu d’infos sur l’angle promis

« L’algorithme de Facebook, expliqué en détail »

A condition d’être patient. Il faut attendre le troisième paragraphe et le troisième intertitre pour avoir le début de la réponse à la promesse du titre : comment fonctionne l’algorithme de Facebook en détail.

Et encore, en apprend-on peu finalement. On savait déjà que Facebook privilégiait les contenus et interactions interpersonnelles, ceux de nos amis, de notre famille.

Quant aux autres critères évoqués, ils sont inexploitables, car pas assez précis. Ex. « l’algorithme de Facebook est sensible au moment où le post est publié, à la techno utilisée, au type de contenu »… Mais encore ? Quelle heure est privilégiée ? Quelle techno, quel type de contenu ?

Pour rester sur l’analogie de la séduction, imaginez que je vous dise que les femmes sont sensibles à l’heure à laquelle on les aborde, à la tenue que l’homme porte et aux mots qu’il emploie. Vous voilà bien avancé.

CONSEIL : allez rapidement au but, c’est à dire à l’objet de votre titre. Et même chose qu’au point précédent, soyez précis dans vos recommandations.

8. Zéro source pour cette infographie : inexploitable, même si c’est très joli

Les infographies se partagent bien sur Twitter. Les professionnels sont friands de chiffres « clés en mains » qui leur donnent un aperçu rapide des tendances.

Mais attention, celle-ci n’a hélas aucune valeur, car elle ne cite aucune source. D’ailleurs, c’est une compilation d’études multiples dont il faut se méfier beaucoup, car elles mélangent souvent panels, méthodes, dates, pays…

CONSEIL : vous qui produisez des infographies, ne mixez pas les carottes et les navets, pour faire une infographie plus longue (même réflexion que précédemment sur le « contenu de qualité, pas de quantité »).

Vous les influenceurs qui relayez des infos stratégiques, ne tombez pas dans le piège narcissique qui consiste à ne publier que ce qui se partage bien. Préoccupez-vous toujours de diffuser des infos sérieuses, même si le nombre de relais est parfois moindre.

9. 3000e adaptation de la pyramide de Maslow

Une énième version de la pyramide de Maslow (que j’ai moi-même analysée et adaptée aux besoins médias).

Mais cette interprétation me semble totalement arbitraire… Linkedin en réalisation de soi ? C’est un outil de recherche de job = besoin économique = sécurité. Je ne parle même pas du 2e étage.. sécurité du navigateur, mail, map ?

L’auteur n’a pas bien compris la pyramide originelle du psychologue américain, je le crains.

CONSEIL : ne sacrifiez pas le fond à la forme. Essayez vraiment d’être pertinent et ne faites pas entrer votre idée au chausse-pied. Quant aux influenceurs, même conseil qu’au point 8 : ne tombez pas dans le piège d’un joli truc qui se diffuse bien, mais ne tient pas la route.

10. Accumulation de chiffres d’intérêt inégal, sans analyse, sans grande cohérence

Ici, le pari a été fait du nombre : 50 chiffres et faits, c’est beaucoup, ça claque. La promesse apparait en accroche : ces informations sont indispensables pour mettre en place une stratégie de contenus gagnante.

Le problème, c’est que la première série de faits et chiffres est d’intérêt très moyen. Ok, il s’agit de dire que le marketing de contenus est important. On a besoin de 10 chiffres pour ça ?

Il y a toutefois des infos intéressantes, notamment sur les usages des utilisateurs, par exemple :

« 77% des utilisateurs Internet lisent des blogs et 23% du temps passé sur Internet est consacré à des blogs et des réseaux sociaux ».

Car, finalement – contrairement aux premiers paragraphes – en quoi le comportement de mes petits camarades devrait servir de mètre-étalon ? Si la majorité se plante, dois-je faire comme elle ? Faut-il être le plus grégaire pour gagner, comme au « Juste prix » ?

CONSEIL : ne faites pas long pour faire long. Si vous n’avez que 10 statistiques et chiffres vraiment utiles, ne gardez que celles-ci.

PS : certains gourous SEO vous ont peut-être dit que Google aimait bien le long, voire le très long. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille diluer.

Car, si le lecteur quitte la page avant la fin, votre temps passé sera mauvais, votre fidélisation aussi, et ça ce n’est pas terrible pour votre SEO et votre business.

—————————-

En contrepoints de ces mauvais contenus, se dessinent nettement les bonnes pratiques. Une vraie problématique, une info vérifiée, un titre honnête, une promesse tenue, des sources claires… le « bon contenu » dont on nous rebat les oreilles, c’est avant tout des infos vérifiées et utiles ! La forme n’est pas de nulle importance, mais le fond est un pré-requis obligatoire.

Cyrille Frank

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Photo credit: Franck_Michel on Visualhunt / CC BY

2 commentaires sur « Qualité des contenus : dix exemples à ne pas suivre »

  1. Superbe article Cyrille,
    C’est marrant car nous avons également produit un article sur les statistiques de Content Marketing comme SEMRush, et nous avions fait le même constat… Du coup on n’a pris que quelques stats, fraîches, et que l’on argumente.
    Résultat on a démontré par des chiffres que la religion qui vise à produire un maximum de contenus par mois nous a emmené au « Content Shock » !
    Au plaisir d’en discuter.

    1. Merci Benoît !
      Les grands esprits … 😉
      L’excès d’information n’a aucun sens à notre époque d’infobésité, ce que j’explique longuement ici http://www.mediaculture.fr/tendances-content-marketing-declin-accelere-contenus-mous/
      Faire moins, mais faire mieux. Voilà le vrai service aux lecteurs.
      Mais c’est plus dur, comme le dit très bien Pascal : « Je vous écris une longue lettre parce que je n’ai pas le temps d’en écrire une courte. »
      A bientôt !
      Cyrille

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