Information des Français en 2019 : des disparités d’usage qui s’accentuent

Quels sont les modes d’information des Français à la veille de 2020 ? Le dernier rapport de l’Arcep apporte beaucoup d’enseignements, des confirmations et balaye quelques idées reçues.

7 décembre 2019. J’ai mis la main aujourd’hui sur la 19e édition du baromètre numérique de l’Arcep et l’Agence du numérique paru le 27 novembre 2019. Si intéressant, que je me suis surpris à en faire un décryptage détaillé, via un thread sur Twitter.

 Voici la synthèse de ce fil de tweets, en 16 points clés.

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Accélération de l’information, course à l’audience… comment l’infobésité nous a intoxiqués

Depuis le milieu des années 90, l’accélération de l’information produit de profonds déséquilibres sociologiques, psychologiques ou politiques. Que s’est-il passé ? Et comment y remédier ?

19/11/2019. C’est en 1994, que se produit le premier mouvement d’accélération de l’information depuis l’irruption de la télévision dans les années soixante (en France).

On le doit au lancement de LCI – la chaîne d’information en continu de TF1 – qui bénéficie dès l’origine d’un évènement qui va la propulser : l’assaut par le GIGN d’un Airbus A300 le 24 décembre à Paris pour libérer les otages d’un commando du FIS (Front islamique du salut). 

Le traitement de l’information en direct, via des éditions spéciales vient d’être inauguré et sera repris par iTélé (1999), puis BFM en 2010. Cette dernière pousse la logique du direct encore plus loin, en envoyant systématiquement des reporters couvrir l’évènement sur place, y compris lorsqu’il n’y a encore rien à raconter.

Entre temps, le développement du web début des années 2000 accélère lui aussi le traitement de l’information par rapport à la presse écrite. Les rédactions rivées à l’écran de LCI ou de iTélé, au flux de dépêches AFP ou aux informations envoyées par leurs journalistes sur le terrain, peuvent publier l’information sur le site web, dans les minutes qui suivent leur réception. Plus besoin d’attendre le bouclage, la publication est immédiate grâce au nouveau canal électronique.

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Presse en ligne : 10 conseils pour parvenir à faire payer les lecteurs sur Internet

kiosque payant presse rue Angleterre

©r4vi en CC via Flickr.com

Enfants gâtés de la gratuité, nous, internautes, sommes aujourd’hui majoritairement rétifs à payer pour de l’information. Pas impossible, mais pas pour toutes les informations et pas à n’importe quel prix.

14/03/19. Pourquoi paierait-on pour une information qu’une foule de sites proposent gratuitement ? La concurrence des blogs et sites de “curation”, au premier rang desquels Google Actualités – qui resservent plus ou moins légalement le travail des autres – démonétise l’information. Sans parler des réseaux sociaux qui deviennent les premiers distributeurs de la presse en ligne, et prélèvent une part croissante du marché publicitaire, au détriment des producteurs.

Et pourquoi devrait-on soudainement payer pour ce que la quasi-totalité des médias ont offert pendant de longues années ?

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Pourquoi “l’info-socialisation” nous éloigne du bonheur

L'important, c'est le chemin ©rawhead sur Flickr.com

L’important, c’est le chemin ©rawhead sur Flickr.com

Dans la vie, ce qui compte, c’est le chemin, pas la destination. A ne pas saisir cela, nous gâchons notre bonheur. Mais “vivre l’instant présent” n’est qu’une formule. Et de moins en moins facile dans notre société “info-socialisée”.

Notre existence est tragique car nous sommes condamnés à ne pas savoir ni d’où nous venons, ni où nous allons, ni à quelle fin. Notre curiosité existentielle est irrémédiablement vouée à la frustration. La seule chose sur laquelle nous ayons un peu prise, c’est cette parenthèse entre deux néants : les instants que nous vivons.

Or, nous passons notre temps à nous projeter dans l’instant d’après : “quand ce cours de maths sera fini, je me précipiterai à la cantine; quand nous aurons franchi ce bosquet, nous pourrons nous reposer; quand mes enfants seront grands, nous voyagerons; quand je serai à la retraite, je me mettrai à la photo…”. Englués dans nos échéances, nos projections, nos objectifs, nous oublions que le seul but de notre existence, c’est d’essayer de profiter du voyage.

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Comment ne pas sombrer sous l’information ?

 

Le flot continu de l'info - Crédit ©steeljam via flickr.comLe flot continu de l'info - Crédit ©steeljam via flickr.com

Le flot continu de l’info – Crédit ©steeljam via flickr.com

Nous n’avons jamais eu autant de sources d’information à notre disposition. Des dizaines de chaînes de télé, des encyclopédies en ligne, des journaux gratuits sur Internet. Pourtant l’impression de confusion générale domine. Sauf pour ceux qui savent s’organiser et utiliser les bons outils…

Le temps passé devant la télé augmente et représentait 3h47 par jour en 2011, soit 15 minutes de plus que l’année précédente. Ceci grâce notamment à la multiplication des contenus (TNT, câble, satellite…) et des supports de réception : télé mais aussi ordinateur, mobile, tablettes… Nous, Français, possédons d’ailleurs en moyenne pas moins de 5 écrans par foyer

Tout est fait pour nous pousser à consommer : les chaînes thématiques répondent désormais aux passions de chacun et à la fragmentation des publics. La télé de rattrapage par box ADSL ou sur Internet (de type Pluzz ou M6 Replay) permet de revoir ce qu’on a raté, par manque de disponibilité.

Les émissions privilégient plus que jamais le direct, l’émotion et le spectacle. Les experts du petit écran rivalisent d’ingéniosité pour capter notre attention de plus en plus rare, en dépit d’une légère progression de notre temps de loisir (4h58 en 2010, soit 7 minutes de plus qu’en 1999).

Après la télé-réalité, c’est désormais au tour de la scripted réality de nous plonger dans des univers immersifs à pas cher, en attendant les programmes interactifs et transmedia, initiés en France par “Plus belle la vie”

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Financement de l’info : le salut viendra du divertissement

 

©neoporcupine – Creative Commons sur Flickr.com

Un article du Nieman Journalism Lab raconte comment le site d’actu Upworthy n’hésite pas à tester 25 titres différents pour bien vendre les informations citoyennes. Et à choisir au final un titre très accrocheur avec les bons mots clés : “Mais que font Selena Gomez et Justin Bieber à la chambre des députés ?”. Une réflexion qui fait écho à ce billet de 2010 dans lequel je recommandais aux journalistes de “packager l’information à la sauce plaisir”.

6, novembre 2012. Un excellent billet de Jean-Christophe Féraud évoquant les usines de production de l’information que sont devenues AOL et Yahoo,  m’a conduit à réfléchir à la récurrente question du financement de l’information de demain.

Jean-Christophe constate qu’avec les plateformes de création de contenus ‘Seed’, ‘Demand media’ ou ‘Associated Content’, qui fonctionnent sur la popularité des sujets (par analyse des mots-clés en amont), se profile un dangereuse paupérisation intrinsèque du journalisme.

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Non, le fact-checking en télé n’est pas un gadget, c’est un impératif citoyen !

Bonne et belle empoignade Twitterienne mardi 23 octobre, initiée par Jean-Marie Charon aux alentours de 8h15  sur la question du fact-checking. Et qui a opposé les défenseurs d’un fact-checking en temps réel en télévision (moi-même et Erwann Gaucher)  aux plus sceptiques Eric Mettout et Jean-Marie Charon.

Le terme de “fact-checking” n’est pas nouveau : il date des années 30 aux Etats-Unis, période durant laquelle les grands journaux créent des départements spécialisés dans la vérification de l’information. Les articles des journalistes sont passés au peigne fin pour en vérifier le fond, qu’il s’agisse des faits, des dates, des chiffres… Le mot est remis à la mode dès 2004, à mesure qu’apparaissent des fondations, sites et blogs dédiés à la vérification de la parole politique : factcheck.org, politiFact.comThe Fact Checker

L’enjeu de présidentielle américaine explique cette profusion de “vérificateurs”. A l’image du site factcheck.org qui acquiert une notorieté incroyable, suite au débat entre les deux candidats à la vice-présidence Dick Cheney et John Edwards. Factcheck.org établira les responsabilités réelles de Dick Cheney dans les difficultés rencontrées par la societé pétrolière Halliburton qu’il avait dirigée entre 1995 et 2000.

Chez nous, le précurseur de cette tendance est Daniel Schneidermann et son émission Arrêt sur images sur France 5 lancée dès 1995, mais arrêtée en 2007, à la veille de la présidentielle française (un rapport de cause à effet ?). Le site web ne sera lancé lui, qu’en janvier 2008, après l’élection. Pareil pour le blog désintox de Libération qui ne voit le jour qu’en 2008.

Le Monde suivra en novembre 2009 avec Les décodeurs avant de toucher la radio, tels le Vrai/faux de l’info de Laurent Guimier sur Europe 1 ou Le Vrai du faux sur France Info. Mais c’est à l’occasion de la présidentielle 2012, que le fact-checking “en temps réel” (ou presque) se développe.

Le Monde, Libération et d’autres demandent à des journalistes de vérifier l’info et publier les correctifs éventuels pendant les débats. Itélé et le site owni inaugurent même la première rubrique de fact-cheking bi-media : télévision et web.

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Comment l’image d’actualité véhicule du sens, par la bande (présentation pdf)

Voici un document que j’ai réalisé pour deux lycées à l’occasion des journées de la presse. Il y a peu de commentaires car le but est de faire parler les élèves, mais les exemples sont éloquents. Professeurs de lycées ou de collèges, n’hésitez pas à vous en servir ! 

 

Contactez-moi via ce blog si vous souhaitez comprendre où je veux en venir sur certaines slides… Bonne initiation sémiologique !
Cyrille Frank

Comment sommes-nous devenus accros à l’information ?

L’information s’est beaucoup accélérée ces dix dernières années, via l’évolution des outils de communication et de la demande du public. Cet engouement pour l’actualité est lié à notre besoin de socialisation et de divertissement.

Sur le plan quantitatif la fréquence des interactions entre individus s’est accrue, à mesure que les distances se sont raccourcies via l’urbanisation croissante. Les gens vivent plus près les uns des autres, ils ont donc plus de chances de se croiser.  Les citoyens se voient également davantage grâce à l’amélioration des moyens de transports (nous sommes à trois heures de Marseille en TGV quand il fallait une journée de train il y a 20 ans et un mois au moyen-âge).

Naturellement, la principale raison de l’augmentation des échanges sociaux entre individus est la modernisation des moyens de communication à distance. Depuis le milieu du XIXe s les inventions se sont multipliées : le télégraphe (1837), le téléphone (1876), l’e-mail (1971), les  messages instantanés (1988), les SMS (1992) et puis Facebook (2004) et Twitter (2006) aujourd’hui.

L’augmentation de ces contacts explique partiellement notre besoin d’alimenter davantage la machine informationnelle, histoire d’avoir du “grain à moudre”. Les news, sont le carburant social par excellence, le sujet qui alimente les conversations, le prétexte d’une bonne part de nos interactions avec autrui.

L’explication doit aussi être à envisagée à l’envers : c’est l’augmentation de l’offre d’informations, liée aux nouvelles technologies décrites plus haut qui a conduit à l’explosion de la consommation d’informations. Ou plus exactement, l’ouverture parallèle des vannes de communication privées et médiatiques ont coïncidé. Les médias pouvaient communiquer plus vite et les gens pouvaient se le raconter aussitôt.

Mais les possibilités techniques et la politique de l’offre n’expliquent jamais à elles seules, une évolution sociale massive. Il faut que la technologie remplisse une fonction essentielle pour s’imposer. Outre le plaisir de communiquer avec autrui, pour se rassurer et se valoriser, il y a un ressort sous-estimé.

Et si notre addiction à l’information venait moins de notre besoin de socialisation que de celui de nous divertir ?
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Pourquoi l’info politique grand public est-elle si pauvre ?

Echaffaudage de complexité - Crédit photo en CC via Flickr.com ©imajilon

Crédit photo en CC via Flickr.com ©imajilon

Pourquoi les journalistes politiques en télévision s’attachent-ils aux tactiques politiciennes plutôt qu’au fond ? C’est l’une des questions que soulève Narvic dans son dernier billet riche et passionnant. Voici quelques hypothèses…

1- IL FAUT SIMPLIFIER

Le grand public est ignare, et le format télévisuel est trop court pour s’attacher au fond. Reste donc les questions de tactique, de petite politique : les attaques, les petites phrases, les ambitions… On a droit de façon systématique à cette question cul de sac : “serez-vous candidat à la prochaine élection?” Laquelle donne lieu à la traditionnelle réponse “langue de bois” : “je ne me préoccupe pas de cela pour le moment, ce sont les Français qui m’intéressent et ma mission actuelle blabla…”

Ce parti-pris s’appuie sur un mépris plus ou moins conscient du public :  “ils ne peuvent pas comprendre”. Le monde est devenu tellement complexe, comment voulez-vous faire comprendre les différentes mesures fiscales, au coeur de la politique des partis, à madame Michu qui ne maîtrise pas les bases de l’économie ? Autant demander à un aveugle analphabète de lire Proust.

2- IL FAUT DONNER AU PUBLIC CE QU’IL VEUT

Le lecteur se fiche littéralement du fond, contrairement à ce qu’il clame. Si l’on devait croire les déclarations des enquêtes lecteurs, tous liraient Le Monde ou le Courrier international, et aucun ne s’intéressait à Voici ou Closer. Sauf que les premiers ont un tirage bien moindre (sans parler du nombre de lecteurs beaucoup plus important en presse people, en raison de la forte duplication, chez le coiffeur notamment 🙂 . Ce qui séduit le lecteur c’est le léger, le divertissant le sordide… A quoi bon tenter de forcer sa nature ?

3- IL FAUT PERMETTRE AUX MÉDIAS DE SURVIVRE

D’autant que la contrainte économique est de plus en forte sur les médias. Si la course à l’audience devient un critère permanent sur les émissions d’information, comme le JT de 20h, il devient impossible de lutter contre les infos people, insolite, faits divers proposées par le concurrent. C’est comme proposer à ses enfants des lentilles, quand la belle-famille leur offre des fraises Tagada. Le combat est inégal à la base et perdu d’avance, du moins sur le plan quantitatif.

D’où les contorsions où sont conduits les éditeurs de presse pour vendre leurs canards avec des couvertures accrocheuses, voire racoleuses. D’où leur propension à orienter les débats vers des questions polémiques qui plaisent, suscitent l’attention et font parler de soi (publicité gratuite).

4- C’EST LA PRIME AUX POLÉMIQUEURS

Toute controverse susceptible de “buzzer” vaut à son auteur récompense et estime de sa direction ou des concurrents. C’est la capacité de Faugiel à rentrer dans le lard de ses invités, notamment politiques, qui l’a propulsé en télévision. Comme ce sont les prises de bec entêtées de Nicolas Demorand qui ont assurément fait monter sa cote au mercato médiatique et sans doute en partie valu sa nomination à Libération. La mesure, la discrétion, le travail patient de fourmi ne sont décidément pas des valeurs à la mode dans cette course à l’attention. Compétition dans laquelle les médias, comme les individus, doivent agiter bien fort les bras pour se faire remarquer.

kali-polyvalence

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5- C’EST LE PRIX DE LA POLYVALENCE

Pour poser les bonnes questions, il faut avoir une idée des réponses possibles et donc une excellente culture spécialisée en politique. Or en télévision comme en presse, ceux qui tendent à prendre la parole sont de plus en plus des généralistes avec une bonne plume. Ce que Versac appelle le syndrôme Raphaëlle Bacqué. Quand ce ne sont pas purement des amuseurs, comme Michel Denisot choisi par le Président de la République pour l’interviewer (pratique en soi d’un autre âge) et dont les questions ont exclusivement porté sur des questions de tactique et jamais sur le fond. Le côté inoffensif de l’interviewer, n’est sans doute pas étranger à ce choix, comme l’incroyable longévité d’un Alain Duhamel, désespérément insipide, en dépit de ses grands airs inspirés.

QUELQUES PRÉCONISATIONS EN CONTREPOINT…

Pour améliorer la qualité des débats et des question politiques en télévision, la première chose est de sortir cette thématique du champ concurrentiel. Plutôt que mettre fin à la publicité après 20h sur le service public, le Président eut été mieux inspiré de donner au service public la garantie de perdurer. Et ce, indépendamment de l’audimat, en particulier s’agissant des JT, lieu crucial de l’information politique pour la majorité des Français. Le JT de TF1 devant celui de France 2 ? Chouette, ma redevance sert à quelque chose.

Au risque de me répéter, s’il faut donner au public ce qu’il veut, il faut aussi lui proposer ce qu’il ne sait pas encore qu’il veut. C’est le fameux paradoxe de l’oeuf et la poule. Pourquoi voulez-vous que le public demande autre chose, si on ne lui propose jamais rien d’autre que ce qu’il aime et apprécie déjà ? C’est la frilosité des médias qui est en cause ici, qui préfèrent  jouer les valeurs sûres de la petite politique ou du débat controversé, plutôt que le risque de la profondeur. C’est aussi le manque de créativité dans l’absence de formats qui pourraient concilier les deux. Il nous faudrait des vulgarisateurs politiques comme Michel Chevalet dans le domaine scientique, ou qui viennent nous expliquer, schémas, cartes ou modélisations à l’appui les enjeux du débat.

Il faut des dispositifs de traitement de l’information en temps réel qui permettent aux journalistes de corriger une mauvaise information ou un mensonge des politiques au moment où ce il est proféré. Et s’inspirer de sites comme Politifacts et son Truth-o-meter qui apporte un emballage attrayant aux questions de fond : quel est le degré de vérité de telle ou telle assertion ?

Il faut croire en l’intelligence des gens et se remettre en question plutôt que d’accuser la bêtise des autres. Le sujet est bien souvent moins en cause que le format proposé. Ne rejetons pas systématiquement les sujets difficiles au motif qu’ils feront peu d’audience. Sur le long terme, les médias qui survivront seront ceux qui auront réussi à préserver le fond et la forme et satisfaire des besoins différents : de divertissement, de socialisation, mais aussi de sens.

Il faut un minimum de spécialisation des journalistes, les fameux “rubriquards” autrefois incollables dans leur domaine, aujourd’hui bien souvent retraités. Comme disait Henri Béraud,  “Le journalisme est un métier où l’on passe une moitié de sa vie à parler de ce que l’on ne connaît pas et l’autre moitié à taire ce que l’on sait.”

Cyrille Frank

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Crédit photo en CC via Flickr.com ©imajilon et ©simon_ram

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