Journaliste, consultant, formateur

Valideur de données bibliographiques

Valideur de données bibilographiques

Valideur de données bibilographiques

– De toute évidence vous n’avez pas checké votre mémoire avec Bibliographic Validation System (BVS).

– C’est plus qu’une évidence, vu que je refuse d’utiliser ce machin là !

– Je sais… je sais… et vous n’êtes pas le seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’on me paie.

– Plaignez-vous ! Au moins grâce à nous, vous avez un travail.

– Ouais ben c’est pas pour ce que je gagne, hein ! En tout cas j’ai passé votre mémoire dans la moulinette et plusieurs références bibliographiques ne matchent pas avec les standards de l’Institut des Savoirs Officiels (ISOF).

– Et c’est grave ?

– Pour moi non. Mais pour vous, ça veut dire que je ne peux pas transmettre votre travail à votre directeur de mémoire.

– Y’en a combien ?

– Le système en a dénombré trois.

– Trois ? Vous allez me faire des misères pour trois pauvres références non indexées ?

– Je n’ai pas le choix. C’est la procédure.

– La procédure ! La procédure ! Le monde n’a-t-il donc que ce mot à bouche ? C’est du grand n’importe quoi ! Collabo va !

– Hey ! Oh ! On se calme ! Hein ! Moi je ne suis qu’un intermittent du savoir. Vous croyez que c’est drôle de se faire remettre dans les dents cette vieille polémique à longueur de journées ? Je n’y suis pour rien moi si face à la démultiplication exponentielle des connaissances, il a fallu clarifier, dégraisser, écrémer, épurer, standardiser les savoirs.

– Bon c’est quoi les articles incriminés ?

– Ben le premier c’est un lien vers un blog. Un certain @cyceron

– Hey oh ! Faut pas pousser ! Le mec est un journaliste scrupuleux qui a forcément croisé ses sources.

– Ouais ! Je veux bien sauf qu’il se permet un article de 7500 signes. On a jamais vu un toupet pareil. Si tout le monde faisait comme lui, je vous raconte pas les Tera millions de Giga octets qu’il faudrait pour archiver toutes les connaissances. Ni le temps qu’il faudrait à un humain pour les assimiler. Moi je la comprends cette limitation, on a du passer la licence à 5 ans, le master à 9… Fallait bien que ça s’arrête un jour.

– Oui mais quand même vous conviendrez que son article a été lu 85000 fois, qu’il obtient une note de 4,5 avec un résultat aux tests d’inférences statistiques qui avoisine les 96 % d’après un panel représentatif de la Market Your Life (MYL) et qu’il a été retwitté près de 47500 fois… Si ça c’est pas un indicateur de pertinence, je me demande ce qu’il vous faut.

– Même…

– Pis le gars il a son entrée dans Wikipédia !

– On s’en fout qu’il soit brillant le gars ou que ce soit vrai ce qu’il raconte. Le problème c’est qu’il ne respecte le standard et en plus il développe plus de deux idées dans le même article. C’est INLISABLE et c’est INTERDIT. La norme est pourtant claire : un article ne doit prendre plus de 2 minutes 25 à lire pour un cerveau avec un indice de confiance au moins égal à 54. C’est la loi !

– Et vous vous avez ?

– Euh ! 57 ?

– Oh ben ça, ça explique pas mal de choses.

– Oh ben elle est facile celle-là ! Moi j’ai été élevé sans Wifi… je viens de la base moi Monsieur !

– Ouais moi je dis que ça sent le coup fourré et que tout ça c’est juste parce que le gars il fait pas dans l’orthodoxie, ni dans la lèche à l’air du temps… pour rester poli !

– J’en sais rien moi… j’ai juste passé votre truc dans la bazar. J’ai pas d’avis à donner… mais quand même je pense que la multinationale qui finance le labo de recherches ne va pas voir ces avancées en pensée dissidente d’un très bon œil. Enfin moi ce que j’en dis… de toutes façons, c’est le comité D-TIC qui décide de ça…

– Le comité d’éthique ? Mwouais…

Paris, 5 octobre 2030

Ce billet est l’œuvre de Vincent Bernard aka Vincnet_B sur Twitter

Longtemps chef de projet en ingénierie de l’information, Vincent se consacre aujourd’hui pleinement à sa carrière d’auteur à la petite semaine. Penseur indépendant et quasi-autodidacte, il s’intéresse de près aux savoirs embrayés, à ce qui se découvre au jour le jour et au fil des échanges. C’était donc tout naturel qu’il s’invite sur médiaculture.

A savourer sans data-restriction sur Welovewords et Feedbooks

Crédit photo via Flick’r @brancolina

La série des “jobs du futur”

« Buzz Dati » : les médias coupables de dégrader l’information ?

Le buzz de Rachida Dati et sa "fellation"

Capture d’écran de la video du Post – ©Le Post

Face à la déferlante médiatique qui s’est emparée de cette anecdote, certains accusent les médias de dégrader l’information. D’autres s’attaquent à la médiocrité du peuple. J’y vois une manifestation de tendance.

RAPPEL DES FAITS

Le 26 août dernier, Rachida Dati interrogée en direct sur Canal+ (Plus Clair présenté par Anne-Sophie Lapix) utilise le mot “fellation” au lieu “d’inflation”.

La rédaction du Post s’empare du sujet, récupère un extrait vidéo et le publie sur son site dans l’heure qui suit l’émission. Le site pousse la vidéo sur Dailymotion dans la foulée où elle dispose de sa “chaîne”, accumulation de ses vidéos taguées sur son nom (avec un slogan pas à jour “le mix de l’info”) mais qui révèle sa maîtrise des outils de diffusion virale.

dati-google-insight

Dati Google Insight

L’analyse des mots clés “rachida dati fellation” ou “dati fellation” dans Google Insight permet de suivre l’évolution du buzz dans le temps. Ces mots  clés présents dans le titre d’origine du papier montrent que le dimanche même, leur taux d’utilisation était déjà très fort (40% de recherches sur ce terme par rapport à l’ensemble des recherches de ce mot clé sur la période).

Mais cet indice n’atteint son apogée que le lendemain (100% de taux d’utilisation du terme sur la période).

Dati Google Insight 2

Dati Google Insight 2

Or un nouveau mot clé fait alors son apparition : “lapsus”. La courbe suivante montre que le dimanche 26, il est assez peu utilisé (20% environ), alors que le lundi il atteint 100%. Que s’est-il passé entre temps ? Et bien les médias traditionnels ont repris l’histoire et ce sont eux qui ont parlé de “lapsus”, terme qui n’a suscité un usage massif qu’après.

QUI EST RESPONSABLE DE LA PROPAGATION ?

Le site d’information Le Post, spécialiste du buzz, a donc initié cet emballement grâce à sa réactivité, la puissance de sa communauté et sa maîtrise des plateformes video,  en l’occurrence la présence en une de Dailymotion, rappelle Vincent Glad de Slate

Ce journal en ligne qui mélange information et rumeurs, faits et commentaires, politique et people, est ce qu’on appelle un “pure-player”, site né sur Internet et présent uniquement sur le réseau, à la différence de son propriétaire Le Monde, par exemple.

Le succès de la vidéo auprès du public qui a lui-même décuplé le relais via Facebook est prodigieux : 1,4 million de vues  24 heures après sa diffusion, un volume inédit.

Mais le relais des médias traditionnels ne s’est pas fait attendre. L’analyse chronologique des relais médias de l’affaire dans Google news montre qu’ils ont suivi le mouvement très vite.

Le Post – publication à  13h48
RTBF : reprise à  14h58
Tele Loisir : 15h11
Le Parisien : 16h17
Voici : 16h36
France soir : 17h12
Europe 1 : 17h13
Nouvel Obs : 17h23
Le Monde : 17h47

On voit bien qu’un peu plus d’une heure après la publication de l’article, les médias traditionnels, en particulier audio-visuels, se sont mis à relayer l’information, contribuant d’autant à son buzz.

Conclusion : cette histoire a intéressé autant la population que les journalistes qui n’ont pas attendu la sanctification du phénomène comme “spontané” pour en parler. Ils y ont contribué largement.

POUR QUELLES RAISONS ?

1- Il y a d’abord un facteur économique. La course au buzz c’est aussi la course à l’audience si importante sur Internet pour intégrer le top 5 des sites d’information, seul vraiment rémunérateur auprès des annonceurs. Les rédactions sont donc organisées de plus en plus autour de la réactivité de l’information et le traitement prioritaire de ce qui est chaud. En témoigne la multiplication des rubriques buz sur les sites d’info

2- L’amplification” people”. Parmi les premiers sites relais on compte Voici et Télé-loisirs dont le fond de commerce est l’info people de dernière minute. Ce sont aussi parmi les titres qui vendent le plus en ligne et sur papier : cela correspond à une attente lecteurs forte.

3- Un phénomène générationnel dans les rédactions web. Ceux qui sont aux commandes des sites d’info le week-end sont parmi les plus jeunes généralement (on confie les astreintes et permanences aux moins galonnés, sauf si compensation salaire intéressante : là c’est le contraire). Cette génération aime le people, le buzz, le LOL

trash news

trash news

UNE DEGRADATION DE L INFORMATION ?

C’est le point de vue de Michel Rocard qui, dans la préface d’un livre réédité (“Se distraire à en mourir” de Neil Postman) se désespère : “Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministre de la Vérité. Quand une population devient folle de fadaises, quand la vie culturelle prend la forme d’une ronde perpétuelle de divertissements, quand les conversations publiques sérieuses deviennent des sortes de babillages, quand, en bref, un peuple devient un auditoire et les affaires publiques un vaudeville, la nation court un grand risque : la mort de la culture la menace “.

C’est aussi le point de vue de Bruno-Roger Petit, du Post, qui accuse en premier lieu la populace : “Cet énorme buzz autour du lapsus de Rachida Dati, est une nouvelle preuve de la mauvaise santé de la démocratie française et de l’immaturité de la citoyenneté à la française. Si le niveau du personnel politique français s’est gravement effondré en dix ans, c’est aussi parce que les Français l’ont accepté et même demandé. « Donne moi du people et je te dirai qui je suis”.

Critique lapidaire  qui ne manque pas d’ironie quand le site initiateur du buz, est le même qui offre une tribune au contempteur de cette médiocrité publique. Cri de colère et de dégoût qui ne dérange habituellement pas le complice intéressé, lequel oublie régulièrement que son hébergeur et financier est coutumier de ce genre de révélations.

Mais cela ne répond pas au problème. Assiste-t-on en le cas d’espèce à une dégradation de l’espace public ?

La vidéo en tant que telle est un exemple plutôt bon-enfant de cet amusement qui nous prend tous à voir quelqu’un se vautrer en public. C’est le ressort principal d’émissions comme vidéo gags et cela ne mérite pas que l’on pousse des cris d’orfraie, contrairement aux commentaires parfois haineux et très choquants qui fleurissent sur certains articles d’actualité.

Le fait que les médias en revanche s’en emparent massivement et en rajoutent largement ne plaide pas forcément en leur faveur. Que les sites people et de faits divers creusent ce sillon, rien que de très normal, c’est leur positionnement. Je le trouve beaucoup moins justifié en revanche, s’agissant de sources traditionnelles d’information telles Le Monde, Europe1, Le nouvel Obs.

LE PROBLEME NE VIENT PAS DU PEUPLE

Contrairement au point de vue de Bruno Roger Petit qui révèle un mépris élitiste du peuple, à l’instar d’ailleurs de Michel  Rocard, je n’accuserais pas les citoyens mais une fois de plus ses dirigeants médiatiques et politiques.

On l’a vu, la course à l’audience infléchit la ligne éditoriale de titres d’information dont ce n’est pas forcément le crédo initial. Je ne trouve pas cela forcément scandaleux. C’est une adaptation à son époque et ce n’est pas un hasard si le mouvement vient d’ailleurs des jeunes journalistes web, beaucoup plus en phase avec la leur (d’époque).

Cela le devient quand ces sujets légers et drôles remplacent les papiers sérieux et que la mission d’information s’efface complètement devant le divertissement. Quand l’analyse politique du Monde se réduit aux chroniques amusantes de Raphaëlle Bacqué, je trouve que le sens et le service au lecteur y perdent. Tout est question de mesure, d’équilibre, de ligne éditoriale en somme !

De ce point de vue, je rejoins Michel Rocard, mais le problème une fois de plus vient essentiellement des médias, pas de ce peuple prétendument “malsain” ou “immature”.

RESPONSABILITE POLITIQUE

Enfin et surtout, critiquer les goûts des gens sans s’intéresser à l’origine de ceux-ci manque singulièrement de consistance.

Si le peuple regarde plus TF1 qu’Arte, c’est avant tout en raison des inégalités socio-culturelles liées aux défaillances d’un système scolaire massifié à l’abandon.

S’il se désintéresse de la politique, c’est que celle-ci ne lui a pas donné beaucoup de raison de s’y intéresser  et de lui faire confiance ces 30 dernières années. Voir le discrédit total dont est frappé la politique par mensonges accumulés, exactions, démagogies, racolages successifs et notamment depuis Mitterrand (n’est-ce pas Bruno ?) en qui le peuple fondait tellement d’espoirs.

S’il préfère des programmes mielleux cousus de fil blancs, c’est parce que ses conditions de vie et de travail déjà bien noires le poussent moyennement à apprécier Lars van Trier…

Arrêtons, nous journalistes et élites, de critiquer le mauvais goût des autres. Tâchons d’élever le public, mais sans le mépriser, avec pédagogie et patience et cessons de croire que les médias y puissent grand chose. Ce sont des thermomètres, pas des médicaments.

Cyrille Frank

Sur Twitter
Sur Facebook
Sur Linkedin

Crédit photo en CC ©synergy_one via Flickr.com 

True life

Camelott en rêve

Camelott en rêve

Oui madame, c’est cela, il faut vous allonger là. Qu’est-ce que vous faites ? Non, vous n’avez pas besoin d’enlever vos vêtements.

Monsieur s’il vous plaît remettez vos chaussures, merci.

Ah non madame je regrette, le petit ne peut pas entrer, TrueLife est réservé aux plus de 16 ans.

Oui, madame il est très mûr, j’en suis sûr. Mais moi j’ai une réglementation à suivre. Il se trouve que  que tiens un petit peu à ma licence, vu que c’est accessoirement mon gagne-pain…

Tout le monde est installé, je vais vous demander d’éteindre vos cellulo-gamers  et couper votre puce d’identification. Maintenez une pression constante de 3 secondes sur votre poignet avec votre pouce… Madame, c’est l’autre poignet enfin ! La PI (puce identité) est toujours implantée sur le poignet gauche… Bon, ok tout le monde ?

-Je vous demande maintenant de prêter attention aux recommandations d’usage et consignes de sécurité préalables.

Vous aller d’ici quelques minutes être plongés dans un JIMO, un Jeu Immersif en Mode Onirique. Tout ce qui se produira au cours du jeu sera le fruit d’un programme informatique adaptatif, sans danger, sauf pour les personnes souffrant  de troubles psychiques graves.  Je lis :

“La société TrueLife limited décline toute responsabilité eu égard aux dommages psychologioques que pourraient subir les personnes atteintes de troubles psychologique tels que paranoïa, hystérie, schizophrénie… Les joueurs malades qui, en dépit de nos recommandations, s’engagent dans cette aventure, acceptent pleinement les risques et ne sauraient tenir la société TrueLife Limited pour responsable des perturbations que le jeu pourrait créer dans leur psychisme déjà fragilisé.”

Voilà, tout le monde a signé la décharge ? Un, deux… huit, dix. Ok, c’est tout bon.
Vous pouvez maintenant vous saisir du casque neuronal situé sur la table de chevet. S’il vous plaît un peu de calme… je sais c’est très rigolo, vous ne ressemblez à rien avec cette visière et cet énorme globe  sur l’occiput. Mais du calme, je vais lancer le process d’ensommeillement paradoxal.

Il n’y a aucun risque physique je vous rassure, si l’on vous attache c’est pour éviter les mouvements réflexes intempestifs qui pourraient vous réveiller et vous gâcher la partie. Par ailleurs Loana, notre assistante veillera en permanence durant toute la durée du jeu,  soit 5 minutes équivalents 5 jours.

Vous allez vivre maintenant une aventure extraordinaire où tout vous sera permis, mais rien ne sera simple.
Vous constaterez avec une jouissance infinie que vous savez monter à cheval, vous tirez l’épée comme d’Artagnan et  pouvez planter une flèche au cœur d’une cible à 150 mètres. Mais attention, ces qualités ne seront pas suffisantes pour accomplir votre quête. Il vous faudra être malin, politique, sociable pour vous faire des alliés et déjouer les intrigues ennemies.

Medieval Quest III reprend l’aventure où elle s’était arrêtée, juste après la victoire de Camelott sur les forces du mal du prince des ténèbres. Vous pouvez choisir dès à présent le type de personnage que vous souhaitez incarner.

Un conseil, pas que des chevaliers, je vous conjure, c’est dommage pour l’intérêt du jeu. ça limite les interactions avec le programme… Alors qui choisit d’être Effe ? Ok pour vous trois, l’option est cochée. Ensuite, qui est candidat pour jouer un nain ? Pff c’est toujours pareil, jamais, personne veut jouer les nains, c’est dommage franchement! C’est un super perso, hyper puissant. Mais ok, je remise mon nabot. Qui souhaite être chevalier ? Vous six, bon.
Et je mets donc une magicienne pour la petite dernière, c’est tout ce qu’il lui fallait ?

Tous nos rôles sont incarnés sauf le nain, tant pis pour vous ce sera un allié de taille en moins pour la quête. De “petite taille”, très drôle.

Ah, avant de commencer dernière chose : il se peut que vous vous chamailliez dans l’aventure. Evitez quand même de vous étêter à grands coups de hache, ça vous ferait automatiquement sortir du jeu. Et j’arrêterais alors immédiatement la partie du responsable qui aura occis son compagnon.

C’est bon pour tout le monde ?
Alors allongez-vous, détendez vous, fermez la visière de votre casque immersif. Le faisceau lumino-informatique va s’inscrire dans votre pupille et stimuler directement votre cortex supérieur.

Je lance le compte à rebours ? Pardon madame ? Pipi ? Ah non, madame…
Je vous ai dit tout à l’heure de commencer par ça. Vous n’aviez pas envie tout à l’heure ? Bon allez vous soulager, ce serait dommage que vous vous relâchiez durant la séance. Passer cinq jours avec une envie d’uriner, c’est moche.

Les autres on y va, madame vous rejoint tout de suite, enfin… dans trois heures, si elle se dépêche.

Bonne chance à tous, en route pour Camelott avec Medieval Quest III et que le meilleur gagne !

Paris, 1er octobre 2020

Toute la série des “jobs du futur”

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flick’r @Crédit Monorail

Groupie 3.0

Bougies de groupie

Bougies de groupie

Allez, dépêchons, je vais rater son lever… Presque 8h00. Parfois elle tweete avant 8h30.
Par exemple mardi dernier, j’ai bien failli la manquer. Je sais pas ce qui lui a pris : 7h30. à peine et boum déjà devant son clavier. Elle n’était même pas en déplacement, j’ai vérifié. Elle a du faire un cauchemar à tous les coups.

C’est la faute de tous ces charognards qui la harcèlent sur le projet NUL, numérisation universelle et libertés. Faut arrêter, c’est pas de sa faute tout ça. Elle y peut rien. Leave NKM alooone !!!

Le fichage informatique de toutes les données personnelles y compris religions et opinions par l’administration, c’est dégueulasse et atrocement dangereux, mais enfin, elle a laissé entendre plusieurs fois qu’elle était contre. Le 22 mars dernier elle déclarait : “je ne suis pas sûr que le dispositif de contrôle envisagé par le groupe PMU soit la meilleure réponse aux problèmes de délinquance numérique.” C’est quand même assez violent ! Moi je la trouve hyper-courageuse.

Allez zou, je me lance. Je lui dit “coucou” aujourd’hui ou “salut” ? Hier c’était quoi déjà… voyons mes fiches… “Hello”. Ah je l’aime bien celui là. Dommage, je peux quand même pas lui servir deux fois de suite ? Que penserait-elle ? Quel manque d’imagination… non, je vais lui lancer un simple “bonjour Nathalie”.

Ensuite, le mieux c’est que j’attende que les autres l’agressent. Et ensuite je prends sa défense, et je les massacre ces salauds. Elle répond jamais rien, mais je sais qu’elle apprécie. D’ailleurs elle répond peu en fait. Sauf aux “influents” du premier cercle. Faudrait que j’arrive à me faire retwitter par Abikry. Lui elle l’écoute et lui répond à chaque fois !

Il se rend même pas compte de la chance qu’il a, ce con. La dernière fois elle lui fait une réponse de quasi 85 signes et qu’est-ce qu’il répond, lui, nonchalant et désinvolte ? “peut-être…”

Mais si j’intègre sa garde rapprochée, si elle voit qu’il me connaît et me répond, ça va augmenter mon CD, capital crédibilité. Je devrais ptet’ songer à me faire des IV ? Les indices de visibilité, c’est quand même efficace pour récupérer un peu de diffusion virale sur son nom. Y’a des agences qui peuvent te retweeter 5 fois par dix comptes différents de niveau 2, tous les jours pendant une semaine, pour à peine 5 000 pops.

C’est une somme c’est vrai, mais tu gagnes facile 500 abonnés de niveau 3 et parfois quelques comptes de niveau 2. Si, ça arrive !  J’ai un pote qui a récupéré Bosselin, vladovincent et vivi. Il paraît même que Master_legolas lui a envoyé un smiley.

Ou alors je peux confier mon compte à PopBooster. Ils s’engagent à tweeter en mon nom 10 fois par jour pendant un mois pour 8 000 pops. Avec le pack de base : culture et humour. C’est 1000 de plus pour avoir le sarcasme, l’émotionnel, ou le poétique. Mais vache, c’est efficace.

L’autre jour j’ai vu un truc sur le compte de Lorenzo, trop drôle, trop pertinent : “cessons de courir le RT, la singularité n’est pas synonyme de raté”

Ouah, c’était vachement fort, hyper bien dit. ça a parlé à tous les petits comme moi. Forcément j’ai retwitté, comme tout le monde. J’ai regardé en fin de journée, il avait 150 RT !
J’espère qu’il a pas choisi le pack performance indexé sur le résultat. Ca peut vite exploser ton budget. C’est qu’ils sont forts ces publi-boosters là. Surtout l’agence DigitalReput…  Sur tous les podiums de la Digital Branding Association (DBA).

Ca y est les vautours s’agitent, je les vois s’allumer un par un sur mon monitor-écran. Déjà 8 messages envoyés sur la liste des 184 abonnés qu’elle suit. Deux flagorneries, 5 bonjours, une question. “que pensez-vous du lapsus mondio-diffusé de la ministre de l’intelligence digitale, à propos des CD-Roms ?”

Elle répondra pas. Pas folle la guêpe, plus à perdre qu’à gagner. Pas se fâcher avec une amie… N’empêche, confondre CD-Roms et D-rams, pas de quoi en faire un drame. Mais pour la ministre de l’ID, c’est pas une bonne idée.

Allez, les gars, soyez plus incisifs ! Je le sors quand sinon moi mon numéro de chevalier blanc ? Je me sens en veine aujourd’hui. Elle va me parler, me répondre, me smiler… et qui sait m’ajouter ?

Nonn faut pas rêver, je suis qu’au niveau 4… Mais d’ici un an ou deux, avec des IV réguliers… Je peux y arriver, j’aurai un beau bronzage digital. Elle pourra pas me résister. Allez Nathalie, répond-moi…

Paris, 28 septembre 2015

Cyrille Frank aka Cyceron

Toute la série des “jobs du futur”

Crédit photo via Flick’r @Jordy B

D’après une idée proposée par David Abiker qui a rencontré un écho et motivé cette chronique.

Ne constituons pas des ghettos culturels pour riches !

Mise à jour 28 décembre 2014

Bilan, cinq ans après avoir écrit ce papier : une majorité de titres d’informations ont opté pour un modèle mixte, en partie gratuite, en partie payante. Médiapart, Le Monde, Le Figaro, L’Obs, Le Parisien, Libération, Les Echos, L’Equipe… Rares sont ceux qui maintiennent le modèle non-payant, financé par la publicité, tels le Huffington Post ou Slate.

Parallèlement, se sont développés Google News et Facebook qui sont devenus des distributeurs majeurs de l’information, opérant des hiérarchies fondées sur des critères purement économiques, accentuant les biais dramatiques et émotionnels

Ce que je redoutais s’est donc produit : l’aggravation des inégalités d’accès à l’information. Aux instruits, la presse payante de qualité, aux moins instruits (qui ne mesurent pas la valeur d’une bonne information), “l’entertainement” et la rumeur

Il est temps que la puissance publique remette de l’ordre dans la maison et réduise ses subventions pour les titres qui se coupent du plus grand nombre en instaurant un accès payant. Et réinvestisse cette manne publique dans des services d’information de qualité accessibles à tous…

Edwy Plenel se félicite du succès de Médiapart, consécutif aux révélations de l’affaire Woerth. Le site payant d’information a recruté plus de 5000 nouveaux abonnés en quelques semaines, se rapprochant du seuil de rentabilité. Une victoire de la démocratie ? Oui et non…

Dans une interview donnée à frenchweb, Edwy Plenel revient sur l’origine de son choix de business fondé entièrement sur l’abonnement. Il arbore le sourire et la bonne humeur de celui qui a eu raison contre tous (“nous étions les seuls au monde”) en défendant un modèle de presse en ligne payant.

Au cours de l’interview, il s’exprime longuement sur ses “amis de Rue89” (à 9:18 mn dans la vidéo), qu’il amoche pourtant assez sérieusement sur le fond.

 

“Qu’est-ce qui fait la rentabilité de TF1, de RTL et Europe 1, c’est pas l’information, c’est le divertissement . Il peut y avoir de très bonnes rédactions, mais la rentabilité elle est venue de quoi. la pub c’est les grosses têtes, la pub c’est la télé-réalité, la pub c’est la Star-Academy, c’est pas l’info qui amène la pub.

Donc mon doute sur le pari de mes amis de Rue89, c’est que si ils veulent gagner leur pari qui est une logique d’audience, avec des recettes publicitaires fortes, cela aura une incidence sur leurs pratiques journalistiques. Il faudra qu’ils fassent des papiers plus people, plus superficiels, plus accrocheurs, plus de buzz. Nous on fait des papiers raides, longs, durables, forts, lourds. On ne fait pas que Karachi ou Béttencourt.”

Ce passage est tout à fait éclairant de la philosophie profonde d’Edwy Plenel sur l’information, mais aussi sur la culture et l’éducation en général. Il se situe assez loin de ma manière de concevoir non seulement mon métier de journaliste, mais aussi mon devoir de citoyen.

PLENEL A LES MAINS PROPRES, MAIS IL NA PAS DE MAINS

J’ai envie de paraphraser Charles Péguy critiquant le rigorisme de l’impératif kantien pour émettre quelques objections au propos du grand Edwy Plenel. Je dis cela sans ironie, j’ai beaucoup d’admiration personnelle pour le journaliste, pour sa rigueur intellectuelle, ses qualités professionnelles, son engagement et son courage.

Péguy critiquait la raideur de Kant qui prétendait qu’un bon citoyen devait obéir coûte que coûte à la loi morale et notamment au principe supérieur de vérité. Ainsi, quand bien même un mensonge pourrait sauver un innocent, il faudrait s’en abstenir pour rester conforme à ce principe supérieur de vérité. D’où l’absence de mains de celui qui abandonne le malheureux à son sort. Discussion philosophique abstraite qui prendra une autre résonance avec la seconde guerre mondiale…

Quel rapport avec Plenel ? Ce même rigorisme par rapport au principe de vérité, dans le devoir d’information. Ce respect sacré des faits, du vrai au détriment du reste. Il y a du Kant chez Plenel : une construction mentale impeccable, un véritable système de pensée cohérent et implacable. Et en même temps un certain manque d’humanité, ou en tout cas de psychologie.

LES HOMMES SONT PLURIELS, LA PRESSE AUSSI

Pour Edwy Plenel, qui est représentatif d’une certaine vision de l’information, le seul rôle de la presse semble être celui d’informer. Je conteste ce point de vue non seulement aujourd’hui mais aussi dans son rapport à l’Histoire que je n’ai pas enseignée mais étudiée avec un grand spécialiste

Informer, divertir, servir, relier… voilà les quatre principaux besoins auxquels répond la presse depuis l’origine.

1-Informer avant tout bien sûr, former les opinions éclairées du citoyen votant, cœur de la légitimité démocratique de la presse. Mais s’arrêter à cela, c’est passer à côté de la psychologie humaine.

2-Divertir. Le divertissement a toujours été un des motifs forts de lecture et d’achat de la presse. Depuis la relation des événements de la Cour au peuple via la Gazette de Théophraste Renaudot au 17e s qui l’amusaient beaucoup, jusqu’aux faits divers sanglants qui ont fait le succès de La Presse d’Emile Girardin au 19es. En passant par les mots croisés, rébus, cartoons et autre friandises divertissantes du Monde.

D’ailleurs ce distingo entre information est très délicat. Quand finit l’information et quand commence le divertissement ? On le voit bien aujourd’hui avec une scénarisation de plus en plus forte de l’information politique qui tend à rapprocher la première du second, alors même que la thématique reste “noble”. Raphaelle Bacqué, avec tout le talent d’écriture qui est le sien en est l’une des plus éminentes représentantes. Qui décide de l’information noble et sur quels critères ? On le sent en filigrane chez Edwy, le seul critère qui vaille est cette capacité à éclairer le choix politique, j’y reviendrai plus loin.

3-Rendre service : ce sont les informations pratiques, les heures d’ouverture de la crèche, les adresses des services publics, les informations concernant les travaux sur la rocade… Bref, ce qui constitue l’un des plus forts ciment de la presse régionale vis à vis de ses lecteurs.

4- Créer du lien social : le journal est ce prétexte à discussion, cette occasion de débattre, échanger des idées, rencontrer l’altérité dans l’échange et la confrontation d’informations lues dans le canard. Les infos sont en ce sens une sorte de carburant social de premier ordre, remplacé depuis longtemps par la télévision, elle-même concurrencée aujourd’hui par Internet. D’ailleurs Edwy a pour le coup bien intégré cette dimension via la plateforme communautaire de blogs de Médiapart.

LA RENTABILITE DES JOURNAUX N’EST JAMAIS VENUE DE L’INFO

Ma conviction est que l’information citoyenne n’ a jamais justifié à elle seule ni la lecture, ni a fortiori l’achat d’un journal. C’est ce “mix produit” des quatre critères évoqués ci-dessus, comme on dit chez les marketeux, qui l’expliquait et l’explique toujours.

Il y a chez Edwy Plenel un biais égocentré dans sa conception de l’information et la culture. Il projette sur la majorité ses propres goûts, alors qu’elle ne représente qu’une conception élitiste. En réussissant à atteindre ses 60 000 abonnés, ce que je lui souhaite, Edwy aura réussi l’incroyable pari, encore plus impressionnant sous cet angle, d’attirer à lui lune bonne partie des élites intellectuelles de France. Je ne parle pas des cadres supérieurs ou chefs d’entreprise, mais plutôt des clercs : professeurs, universitaires, chercheurs, artistes, écrivains… la société de l’intelligence qui représente finalement pas mal de monde dans la mesure où elle englobe l’Education nationale, mais n’est qu’une portion minoritaire des Français.

Capture d’écran 2014-12-31 à 15.30.04

UN “GHETTO” CULTUREL DE RICHES

Voilà la grande crainte que je ressens vis à vis de Médiapart et autre Arrêts sur images. La constitution d’enclaves culturelles privées réservées à une élite sociale, celle ayant un certain niveau socio-culturel initial. A la “masse bêlante”, les programmes plus ou moins abêtissants de la Star Ac ou de la télé-réalité décriés ci-dessus.

Non pas que j’en rende Edwy Plenel ou Daniel Schneidermann responsables, naturellement. Les deux défendent un projet de qualité avec passion et j’admire leur ténacité, leur abnégation, leur courage. Mais je m’interroge sur le résultat de pareilles fuites des cerveaux à échelle globale.  Le problème est bien d’ordre politique et économique. Avec un abandon progressif des missions de service public, en particulier l’école, sous l’effet conjugué d’une crise économique, d’une mondialisation dé-régulée et d’une politique nationale clientéliste et injuste.

Mais en se retirant des organes subventionnés par nous autres citoyens et sinon gratuits – du moins plus ou moins “indolores” car financés par l’impôt, Edwy et Daniel ne nous rendent pas un grand service. Ils réduisent la portée de leurs médias payants aux seuls instruits capables de saisir la valeur d’une information payante de qualité.

Ils accentuent ainsi, indirectement les inégalités socio-culturelles.

medias pédagogues ?

medias pédagogues ?

DU ROLE PEDAGOGIQUE DE LA PRESSE

Notre société se tourne de plus en plus vers le divertissement, vers le léger (dont le LOL est une incarnation), vers le plaisir. Pour plein de raisons éducatives, économiques, psychologiques… Mais de fait, la société des jeunes lecteurs a changé et modifie de façon très forte le fameux “mix produit” nécessaire pour vendre.

Un peu plus de divertissement et de superficiel que de sens, par rapport à nos aînés, la génération d’Edwy. On peut le déplorer c’est vrai, je ne me réjouis pas de voir des émissions débilitantes envahir complètement nos vies, à commencer par les séries américaines au scénario industriel, programmes d’une pauvreté affligeante qui colonisent tout l’espace culturel de nos médias audiovisuels.

Mais si je suis sûr d’une chose, c’est que la création et le succès économique de Médiapart et Arrêt sur images n’y changera rien. Edwy Plenel semble vraiment croire à la contagion positive de son modèle : “en pariant sur une réussite qui serait chimiquement pure qui aiderait toute la profession, tous les producteurs d’information sur le net et qui aiderait profondément le journalisme dans un moment de crise, c’est de montrer qu’on peut arriver en trois ans, à faire un journal indépendant, sans publicité, avec plus d’une trentaine de salariés, qui arrivent à l’équilibre”.

C’est assez naïf. Quand les deux auront fait les fonds de tiroirs des élites intello, il ne restera plus grand nombre de lecteurs cultivés à se mettre sous la dent. Et de toutes façons, le frein le plus puissant reste celui de l’éducation et du capital culturel.

Moi j’ai une autre méthode qui se résume à cette fameuse phrase : “il faut être dans l’avion pour le détourner”. C’est le principe de la pédagogie : s’adapter à son élève pour le faire progresser. Faut-il adapter Marivaux en langage “djeun’s” pour intéresser les banlieues ? Et bien soit ! Ce sera moins noble, moins beau, il y aura un peu de dégradation du message initial c’est vrai, mais au moins passera-t-il.

Ca marchera beaucoup mieux et au final, on “boostera le ROI culturel”. Je sais que deux écoles de pédagogie s’affrontent là, entre ceux qui ne veulent pas édulcorer le contenu pour maintenir une stricte équité de l’offre et ceux comme moi, estimant qu’il est urgent de mettre en place des approches différenciées, pragmatiques.

Accommoder le sens à la sauce plaisir, voilà mon pari à moi. Les lecteurs populaires ne viendront pas tout seuls, il va falloir les chercher. Il ne s’agit pas d’accuser les nouveaux médias qui s’attachent à faire leur travail le mieux possible. Le premier facteur de l’inégalité  culturelle qui se creuse reste le pouvoir politique à travers l’échec scolaire et socio-économique.  Mon message consiste juste à les inviter peut-être à tendre davantage l’oreille et la main en direction de ces nouveaux publics qui s’éloignent d’eux, sans comprendre qu’ils passent à côté d’une grande richesse. A faire peut-être un peu de compromis, sans dénaturer ni galvauder leur travail, afin de vulgariser et rendre accessible leurs contenus. Ce que fait bien Slate.fr (j’espère n’avoir pas invoqué le diable).

Il en va beaucoup plus que de la survie de la presse. Il en va de la cohésion sociale, de l’harmonie démocratique. Pour éviter de creuser encore davantage ce fossé culturel et ce mépris perceptible de ceux qui savent, qui consomment la bonne information, la bonne culture n’existe pas vis à vis des millions de “beaufs”.

Cyrille Frank 

Sur Twitter
Sur Facebook
Sur Linkedin

Sur Mediacademie.org (newsletter mensuelle gratuite des tendances, outils, modèles d’affaire du journalisme/production d’information)

Crédit photo via Flick’r @ aaronescobar et et @raisinsawdust

Relookeur social

– “Non monsieur Barnach… Sincèrement…

– “Barnatché ! Barnatché !… C’est basque ! ..”

-“Hum, oui…Monsieur BARNATCHEE… [putain le con, me lâche pas les miennes…], je ne voudrais pas que l’on parte sur de mauvaises bases. Je ne peux pas faire ce que vous me demandez… C’est comment dire… immoral, inacceptable, contraire à la déontologie de ma profession, c’est…”

– “Haha, je vous vois venir vous… C’est quoi la rallonge qui fait défaut à votre conscience ? 10, 15… 20 000 pops ?”

– “…” Monsieur Barnatch”

“Barnatchéééé !!!”

“Oué… Monsieur B. Ecoutez-moi. Il y a des choses que nous ne pouvons  nous permettre. Il y a des principes que cette agence ne peut baffouer, c’est une question d’éthique, de respect de soi, de mora…..”

“50 000 ?”

“…”

“Monsieur Barnatché… Je suis frappé… Tant d’insistance… Cette volonté que vous avez… Vous devez être en situation de détresse… Qu’espérez-vous de moi ?”

——————————————-

fin de soiree numerique

Fin de soirée numérique

23h. Le faisceau de suggestions publicitaires est déconnecté. L’ingénierie olfactivo- sonore est hors ligne. C’est fini, le client est parti.

Putain de journée. Putain de client. Putain de loyer.

Enfoiré … de Barnatschhhh. Connard des îles. Basque mon cul. Encore un empaffé de Hongrois… Pas prêt d’intégrer la CECS*(1) …Tu parles d’un sexe. Il est en train de bien me le fourrer, le salopard de magyar plein aux as. C’est pas lui qui se tapera la taule si je me fais chopper. Et il est là à m’agiter ses jetons sous le nez… C’est dégueulasse de jouer sur la vénalité des petits.

Il l’aura son identité parfaite, le con. Opération lissage de profil sur tous les réseaux sociaux. Sa popularité va faire Bing.

Il me dégoûte. Je me dégoûte.
Merde, 50 000 , ça se refuse pas ? Ahhh, j’aurais pu faire le beau, le grand seigneur “non monsieur, moi je ne mange pas de ce pain là… blabla, bloblo…”

La vérité, c’est que je tuerais à ce tarif. Et là, j’ai juste à rehausser la vie d’un médiocre. Lui donner un peu de lustre et de matière. Je risque 15 ans de prison, mais bon, on se sort pas de merde en escarpins. Je vais prendre un petit raccourci de popularité, c’est tout.

Y’a quand même plus salaud que moi… payé moins cher. Faut juste que je me fasse pas prendre. La DRIN* (2) n’a pas encore sonné, mais jusqu’à quand ?

Ok, 50 000. Deux jours. Concentrons-nous un peu.

Dans la famille des gros beaufs, je voudrais… Monsieur Barnatchééé.

Commençons par ajouter des études supérieures… INPEC (Institut national de perfectionnement en éducation consensuelle), le must du must. Mmm…Trop élévé , pas crédible ? Rhooo… Avec cette médaille en chocolat, les autres ouvriront grand leurs bras. Si on leur présentait un phacochère, armé du Césame… ils le feraient pioncer dans leur lit.

Donc aucune lettres mmm. Collons y une petite citation des familles. “pourquoi pas: ” La volonté de dominer est l’’euphémisme de nos finitudes” oué… ça veut rien dire mais c’est joli, et ça sonne intelligent. Avec ça, Barnasdjé’ va chopper grave.

Fréquentations… Club des organiseurs du peuple (COPS) … Si avec  ce profil, il emballe pas… faut que je change de métier… Ils vont aimer les moutons, c’est sûr. Ca panurge à mort.

Cinq ans que je fais le pied de grue pour intégrer l’élite copsienne  et c’est moi qui aide les autres à y entrer…  Chié…je suis trop bon.  Trop con… Bon, trop pétochard…  Salopard de pollack ! Je vais le faire cracher !

Maintenant,  passons aux choses sérieuses. Intégration de photos 3D , modifications vocales, effacement des sites, témoignages factices… Monsieur Barnatché, vous êtes désormais un homme respectable, spirituel et populaire. Et accessoirement un gros porc, mais je serai le seul à savoir. Quelle supériorité ça me donne sur l’espèce humaine… pathétique.

50 000 pops, c’est pas cher payé, je lui en ai donné pour au moins 500 000.
Bon, c’est au black, soyons pas chien.

Mais pourquoi, c’est toujours les salauds de riches qui en profitent ?

Paris, 24 septembre 2018

(1) Communauté Européenne de Culture Semblable
(2) *Direction de la Répression des Infraction Numériques

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flick’r Ilde Casotti et Flickruser2

Cette nouvelle inaugure une série que je vais consacrer au fil de l’eau à ma vision du futur, à plus ou moins long terme. Elle n’a aucun prétention littéraire. Juste une façon d’exprimer un point de vue de manière plus ludique.

Le « personal branding » : l’arme des plus faibles

personal lolers

personal lolers

Une nouvelle fois, la misérable polémique sur les journalistes brandeurs se poursuit, portée cette fois par les récipiendaires eux-mêmes. C’est faire trop d’honneur à ceux qui l’ont initiée…

Jeremy Joly, touchant de sincérité et visiblement atteint, se défend d’avoir jamais voulu endosser ce costume trop déplaisant pour lui du journaliste loleur un peu cynique et résolument arriviste.

Morgane Tual, à l’exacte opposé, assume totalement sa position et défend le droit de survivre en tant que journaliste de la légèreté et du superficiel plaisir, quitte à poster des “gifs de pet”.

Tous deux, sans s’en rendre compte légitiment une problématique qui n’existe pas, sauf dans l’esprit des chagrins qui l’ont initiée.

TOUS DES BRANDEURS !

Nous sommes tous des arrivistes que les choses soient claires ! Nous voulons arriver, progresser, nous élever… Cela s’appelle l’ambition et qui peut décréter que cela est mal ? Ce qui est mal, c’est de marcher sur les autres pour se faire. Et nos deux  journalistes sont très loin de ce portrait.

Il faut en revanche se méfier des purs, ces catarrhes (attention jeu de mot chiant)  donneurs de leçons transcendants – extérieurs et supérieurs- leurs motivations complexes ne sont pas toujours aussi désintéressées qu’ils voudraient nous le faire croire. Vanité, volonté de domination, jalousie…

Moi je préfère la vie, le positif, ceux qui se battent, y croient et s’amusent… car il faut de l’humour pour supporter notre époque difficile (ou toute époque d’ailleurs). Beaumarchais fait dire à son Figaro : “je me hâte de rire de peur de devoir en pleurer”, c’est souvent le motif profond qu’on retrouve chez les grands cyniques. Échappatoire comme un autre à l’insupportable frustration morale de l’injustice générale.  Le LOL pourrait bien être la nouvelle bible de Figaro (le personnage littéraire pas le titre arride) et pourquoi pas ?

Molière lui aussi se méfiait et moquait les fâcheux, les sinistres, les redresseurs de tort. Ils n’étaient pas plus qu’aujourd’hui gages de profondeur ni de moralité. Mais souvent mus d’un incommensurable ego ou d’une aigreur cachée qui les portaient à gâcher la moindre saveur fugace autour d’eux.

Alors vive le LOL, ce cordon sécuritaire et salutaire autour de la gravité du monde, qui n’exonère personne de s’en préoccuper. La pudeur m’a toujours plus impressionné que la rigueur.

LE PERSONAL BRANDING OU LE DROIT DE SEN SORTIR

Il ne faut pas chercher à théoriser plus loin. Les journalistes dépendent toujours des marques qui les emploient, les journaux, les médias qui les paient. Je rejoins sur ce point Cédric Motte. Dormez tranquilles bourgeois journalistes, les jeunes révolutionnaires journaleux cherchent juste à s’insérer, pas à prendre le pouvoir.

Mais ce sain désir d’ascension semble en déranger quelques-uns, en particulier, ceux qui sentent le pouvoir leur échapper… Il en a toujours été ainsi, c’est le cycle normal du remplacement générationnel. Pas de panique non plus de ce côté, un peu de dialogue devrait arranger tout cela. J’ai toujours été optimiste de nature 😉

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flick’r @ moxie

Sondage : Comment utilisez-vous Twitter le matin ?

Dans votre usage quotidien de l’oiseau bleu comment procédez-vous ? Vous lisez d’abord votre time-line ou vous envoyez les liens de votre revue de presse ? Petit sondage…

Les techniques habiles des nettoyeurs du web

silence, on vend...

silence, on vend…

Un petit litige avec Bouygues Telecom m’a conduit à évaluer le fameux pouvoir du consommateur 2.0 et son prétendu retour en force face aux entreprises. J’ai surtout découvert les techniques de censure ordinaire contre “monsieur tout le monde”.

Voir amendement à ce billet plus bas

Le web 2.0, la parole donnée au consommateur-citoyen sur Internet a ouvert le robinet public des revendications et des plaintes. Il est tellement plus facile et rapide de rédiger un commentaire rageur sur un forum qu’écrire un courrier au service clientèle, le timbrer, le poster.

La parole se déverse à grand flot sur les forums et les sites participatifs des marques qui contrôlent et modèrent d’ailleurs plus ou moins ces messages. A l’image des cahiers de doléances recueillis à la veille des Etats généraux de 1789 qui s’entassèrent, sans être lus.

La méthode Dooce

La méthode Dooce

Une des plus fameuses revanches d’un citoyen contre une marque fut celle de la blogueuse américaine dooce qui s’acharna publiquement contre une marque d’électroménager qui l’avait déçue… Comme on peut le constater à la lecture du nombre de ses abonnés (1,5 million), il ne s‘agissait pas du citoyen lambda. Beaucoup de grands médias français rêveraient de disposer du même volume d’audience. La blogueuse obtint naturellement réparation et plus encore

LE POT DE FER CONTRE LE POT DE TERRE ?

Dans mon cas, le rapport de force n’était pas le même. Si je dispose d’un blog et d’un compte Twitter actif, je ne me leurre pas sur ma microscopique “influence”, et tant mieux puisque c’était une condition de validité de l’expérience.

Détail de l’opération :

J’ai publié un billet racontant ma mésaventure avec Bouygues que j’ai copié-collé sur cinq forums différents, en rapport avec le domaine :

Le site de Bouygues lui-même
Comment ça marche
Forummobiles.com
Forum.lesmobiles.com
Tomsguide

Durant une matinée entière, je suis allé répondre aux commentaires sur ces différents sites, du moins ceux qui les avaient ouverts.

Résultat : une poignée de commentaires chez Bouygues, un retrait du message chez Tom’s guide et Comment ça marche… mais une belle activité sur les deux forums mobiles. 27 commentaires sur le premier, 24 sur le second et 340 vues.

Quelques heures après le début de l’opération, le community manager de l’entreprise me contacte via Twitter et propose de résoudre mon problème. Un appel plus tard et tout rentre dans l’ordre : Bouygues annule les frais indus et donne tort aux deux conseillers téléphoniques pour leur déficit d’écoute.

Bouygues champion Twitter

Bouygues champion Twitter


Première conclusion
: félicitations à Bouygues pour son exceptionnelle réactivité et la bonne fluidité de communication entre son site web et Twitter

 


Deuxième réaction
: pourquoi mon message a-t-il été effacé sur deux forums grand public ? Comment ça marche et Tom’s guide. Ce dernier allant jusqu’à effacer mon compte ?

Solution définitive

Solution définitive

Je n’ai rien commis de répréhensible sur le plan légal : pas d’injure, pas de diffamation, pas d’insulte… Si ce n’est le lien à la fin vers le papier original de mon blog, mais les autres forums se sont contenté de l’effacer.

Je me suis permis de leur poser la question des motifs : Comment ça marche n’a pas répondu à mon mail. Quant à Tom’s guide, impossible de les joindre, car, cerise sur le gâteau, le modérateur a installé un renvoi automatique vers le site des Télétubbies, ce qui est plutôt drôle hormis le bâillon qu’il constitue:

“Dafen@IDN vient de vous envoyer chez les télétubbies (Catégorie : toutes)
Raison de la sanction : spam”

Donc mon cri de colère de consommateur était du spam ? Je m’interroge sur l’origine de la modération : aurais-je eu affaire à ce qu’on appelle des nettoyeurs du web ?

LA CENSURE POUR LES CHAFOUINS

Une nouvelle activité s’est créée sur Internet qui génère beaucoup d’argent : les gestionnaires de e-réputation, dont un des pionniers est mon copain blogueur Versac via sa société Spintank (la meilleure du genre ai-je ouïes dire). En amont cela consiste à expliquer les règles basiques de l’interaction normale sur Internet et les réseaux sociaux, à commencer tout bêtement par  répondre aux gens.

En aval, ce sont des effaceurs qui sont payés pour limiter au maximum le buzz négatif autour d’une marque ou d’un produit. Leurs techniques sont variées : noyade de poisson sous une pluie de commentaires sans rapport, déplacement des messages dans des culs de sac d’audience, envoi de messages contraires sapant la crédibilité de l’émetteur, effacement pur et simple du commentaire, radiation du compte… Bref du spin-doctor économique appliqué à l’internet de monsieur tout le monde.

Dans mon cas, j’aurais donc eu droit à tout une bonne partie de l’arsenal répressif, en particulier le cul de sac de commentaire. Puisque l’opérateur a habilement déplacé mon billet (en Une de son portail, ça faisait désordre c’est vrai) dans une sous-sous navigation intitulée joyeusement Hors sujet. Et profitant au passage du déplacement pour supprimer la mise en forme de mon texte, en particulier les sauts de ligne, le rendant totalement illisible. Je doute après cela avoir eu beaucoup de lecteurs, mais au moins n’ont-ils pas supprimé le message.

Ce n’est donc pas le cas des deux gros forums grand public qui ont étonnement été les plus censeurs. ça me fait un peu de peine, surtout pour Tom’s guide dont j’admirais naguère l’intraitable indépendance, à l’époque où il s’appelait encore Tom’s hardware, avant de se développer à l’International et d’ouvrir son capital. Mais le propos n’est pas là.

Amendement du 21/09/10 à 12h42 : depuis la publication de ce billet, le modérateur de Tom’s guide m’a donné des explications d’une autre nature. Il a juste vu mon copier-coller, le lien vers mon blog en bas du billet et s’est dit : “voilà du bon spam des familles” (hommage à Burgess). Je ne lui en tiens pas rigueur et son propos se défend. La suppression de mes accès en revanche étaient un peu cher payé pour une première infraction… mais j’entends l’argument.

En revanche, j’invite Tom’s Guide et Comment ça marche à revoir leur position sur le fond et éventuellement à assouplir leur règles de modération. Les consommateurs sont très largement victimes des marchands qui régulièrement leur extorquent de l’argent de façon indirecte et plus ou moins vicieuse. Il suffit d’aller jeter un oeil aux dossiers de Que Choisir, ce qu’une amie journaliste a fait pour moi, pour s’en rendre compte. Aujourd’hui Internet constitue peut-être enfin, un vrai contre-pouvoir, pour les rares qui veulent se faire entendre. Alors oui, je revendique l’usage du mégaphone, tout comme dans les manifs.

Il y a certes des causes plus nobles et plus collectives. Mais j’ai aussi compris qu’en ces périodes de crise, l’heure n’était pas tellement à l’Etat Providence, mais plutôt à un terme technique germanophone “le demerdenzisich”.  Compter systématiquement sur une autorité supérieure, sur la loi, sur la police, sur papa ou maman pour se sortir des problèmes n’est pas une solution. Alors je continuerai de mégaphoner pour faire entendre mon droit. Quitte à faire amende honorable si j’ai hurlé trop fort. Mais c’est marrant comme le ton monte quand on ne vous écoute pas…

Je dois néanmoins reconnaître à ce forum : une vraie passion qui s’est manifestée par un déferlement de commentaires très impressionnant à la suite de ce billet. Donc il y a bien là des modérateurs impliqués qui font du mieux qu’ils peuvent et comme tout le monde (y compris moi-même) peuvent aussi se tromper. Je dois reconnaître que j’ai eu tort de les soupçonner de désinvolture ou d’incompétence (ce qui a ajouté  de l’huile sur le feu, objectif non recherché). Il y a eu une méprise des deux côtés,  suite à un problème technique : un problème de validation de mon compte, d’où sa suppression.

Je reste convaincu que d’autres nettoyeurs en revanche officient discrètement chez les commerçants et les marques fébriles. Ce papier mérité donc un complément d’enquête je le reconnais. Suite au prochain épisode.

 

Effaceurs commerciaux

Effaceurs commerciaux

LES FORCES CONTRE REVOLUTIONNAIRES

Face au changement de donne de la libéralisation de la parole, les marques et les entreprises ont peur et engagent des moyens cachés pour étouffer les scandales privés.

Pour protéger leur image ou leur budgets publicitaires, elles trahissent plus ou moins fortement les valeurs auxquelles elles prétendent adhérer de transparence, d’ouverture, de sincérité…

Tout comme les forces contre-révolutionnaires royalistes, aristocratiques et paysannes ont combattu la Révolution de l’intérieur, ce qui a coûté sa tête au roi. Il faut se rappeler, et ce n’est pas rassurant pour la liberté d’expression, que c’est finalement la bourgeoisie qui s’est imposée, c’est à dire les pouvoirs d’argent, tout comme les censeurs web-commerciaux d’aujourd’hui.

Ce n’est pas une prodigieuse découverte, tâchons de ne pas être naïfs, mais il faut en avoir conscience. La liberté c’est de comprendre de quelle manière nous sommes enchaînés (Platon si tu m’écoutes, sors-nous de la caverne 😉

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédits photo via Flick’r @ Yoshiffles et Mang M

1 17 18 19 20 21 23