Les grands groupes médias peuvent-ils encore innover ?

Crédits photo © : Advocate Hypermedia Teleportd, WedoData

Hier soir à la Cantine avait lieu une conférence intitulée “quelles synergies entre start-ups et groupes médias”. Une salle bondée, un animateur charismatique, des intervenants de qualité… Ce que je retiens de cette soirée.

POURQUOI LANCER UNE START-UP ?

Pour avoir la liberté de créer, pour se libérer des pesanteurs d’une grosse structure, pour sortir le nez du guidon (“eh, il faut boucler le mag, dis, y’a un hors série à faire…” et avoir à nouveau le temps d’inventer et de se faire plaisir.

C’est en substance la motivation des jeunes entrepreneurs réunis ici, de Karen Bastien (WedoData), à Yann Gueguan (Rue89) en passant par les jeunes Léon Buchard (Téléportd) ou Stanislas de Livonnière (Advocate hypermedia)

LES GROSSES MACHINES, FORCÉMENT IMMOBILISTES ?

Pour Jean-Marc Manach, oui ! Du temps du monde.fr où il travaillait (en 2007), on lui avait simplement interdit d’insérer un lecteur Youtube dans une page web. Il a bravé l’interdiction, et fini par convaincre sa hiérarchie de l’intérêt de la chose, mais que de résistances ! (En mon temps chez AOL, c’était le service juridique qu’il avait fallu outrepasser pour pouvoir embarquer des séquences vidéo).

Corinne Denis, directrice des nouveaux médias de l’Express Roularta, se souvient de l’époque où elle bataillait en interne pour promouvoir le media Internet. Depuis son message a porté et certains, issus du web, ont pris du grade. Mais, elle comprend toutefois le point de vue des dirigeants : difficile d’investir dans des secteurs non rentables, plus naturel de se reposer sur ce que l’on connaît et qui rapporte de l’argent.

On dit que le rendement publicitaire est de 1 sur 100 entre la presse et Internet et de 1 sur 10 entre la pub web et la pub mobile… “Chez les journaux papiers, plus on peut retarder l’échéance du numérique, mieux on se porte”. Raison pour laquelle le groupe a préféré externaliser l’innovation à travers Express Ventures ? Cet incubateur de start-ups finance 10 projets par an sur trois ans.

Du côté de France-Télévisions, Eric Scherer se montre plus dur. Les résistances au changement sont partout ! Du côté des dirigeants, des journalistes et techniciens que la nouvelle donne bouscule… Le responsable de l’innovation du groupe télévisé a l’air fatigué. Il raconte ce moment où il évoquait la délinéarisation future du JT.

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Marchand de citoyenneté

tags tagués

tags tagués

…) Prenons l’exemple d’une bande de jeunes qui dealent dans les escaliers. Actuellement la solution proposée par nos concurrents est d’installer des caméras de vidéo-surveillance. Cette stratégie présente à mon avis deux inconvénients.

D’abord, elle nécessite un investissement initial conséquent, et puis vous devez détacher et former des agents municipaux à cette tâche, ce qui a aussi un coût.

Ensuite, vous n’êtes pas sans savoir que ces caméras ont mauvaise presse. Beaucoup de citoyens voient d’un mauvais œil ce Big Brother qui vient les espionner et je les comprends.

Notre application est une excellente alternative. Aujourd’hui, comme vous le savez, tous les Français possèdent un smartphone. Avec nos applications disponibles pour tout type d’appareil, nous offrons la possibilité à chaque citoyen qui le désire de participer au bon fonctionnement de sa ville.

Revenons sur ces jeunes qui dealent en bas des immeubles. Ceux que ça dérange taguent l’endroit et le publient dans la catégorie criminalité & trafic. Ainsi, en fonction du nombre de tags, vous êtes en mesure de géolocaliser les lieux sur lesquels doivent se concentrer vos efforts en matière de sécurité.

Vous saisissez maintenant que la différence est de taille ? Du point de vu des investissements nous l’avons déjà vu. Mais aussi, j’aurais envie de dire surtout, du point de vue de l’implication des citoyens dans la bonne gestion de la cité.

Un autre exemple : vous voyez des déchets encombrants qui trainent ou un graffiti. Vous le prenez en photo, vous taguez le lieu et le publiez dans la catégorie propreté, environnement. A ce moment là, une intervention request est envoyée aux services techniques. Là, notre logiciel référence automatiquement la requête, l’interprète et l’intègre systématiquement dans les tournées de vos équipes. Nous sommes même capables de définir une liste des priorités selon que les mots clés qui y sont associés renvoient :

– A une branche d’arbre sur le point de tomber
– A un canapé abandonné sur un trottoir
– A un trou dans la chaussée
– Ou à la découverte d’une décharge sauvage.

Nous sommes ici au step 1 de cette nouvelle procédure ouverte. Une fois que vos équipes sont intervenues, elles prennent une photo de l’endroit nettoyé et la publient. Nous sommes alors au step 2 de la procédure qui passe au statut intervenu. Le citoyen mécontent à l’origine de l’intervention est alors prévenu par mail et ne lui reste plus qu’à constater l’intervention de vos équipes et clore la procédure en envoyant une troisième photo.

Tout ceci est bien sûr visible sur une carte à tout moment et par tout le monde. C’est le principe de la qualité et de la transparence absolue. Ainsi chaque citoyen peut estimer la réactivité de vos équipes mais aussi la relativiser par rapport au nombre d’interventions à effectuer. Si toutefois il s’avérait que la réactivité soit jugée insuffisante, vous pouvez jouer sur l’effet d’annonce, soit en communiquant le renforcement de vos équipes, soit en sanctionnant les tires-au-flanc. Dans tous les cas vous disposerez d’axes d’améliorations constants lors des prochaines élections municipales… et ceci grâce à vos citoyens d’honneur qui figureront en tête de classement.

Voyez, Mesdames et Messieurs les élus, avec GeoTechCitoyen s’en est fini des caméras espionnes, des mails-délations… puisque nous proposons à chacun de participer à l’intérêt général, au service de tous, dans une parfaite intelligence collective. Avec GeoTechCitoyen nous entrons dans l’ère de la citoyenneté 2.0.

Intervention du PDG de GeoTechCitoyen devant l’association des Maires de France en mars 2020.

Ce billet est l’œuvre de Vincent Bernard aka Vincnet_B sur Twitter

Longtemps chef de projet en ingénierie de l’information, Vincent se consacre aujourd’hui pleinement à sa carrière d’auteur à la petite semaine. Penseur indépendant et quasi-autodidacte, il s’intéresse de près aux savoirs embrayés, à ce qui se découvre au jour le jour et au fil des échanges. C’était donc tout naturel qu’il s’invite sur médiaculture. A savourer sans data-restriction sur Welovewords et Feedbooks

Dans la série des « jobs du futur »

 

Crédit via Flickr @tasteful_tn

Animateur socio-virtuel

Jeunesse 2.0

Jeunesse 2.0

Anim Keskon fé m1tnan les d’jeuns ? On va en .us ? @Pol @Medhi @Tao

Tao @Anim Non. On va chez ouam en .vn ? @Pol @Medhi

Medhi @Tao ta race on va au bled .ma ! @Anim @Pol

Pol @Medhi sa suffit le blédard ! On est en .eu mer2 !!!!!!!! @Anim @Tao

Anim @Pol @Medhi @Tao Stop les délires communautaristes. Plutôt qu'”identité virtuelle” je ferais mieux de vous faire bosser “identité nationale”.

Medhi @Anim Waouuh bouffon zyva fé po ton #Hortefeux2.0 !!! @Pol @Tao

Pol @Anim paies ton #WarcraftStar1000UltimatePlayer ? @Tao @Medhi

Anim @Pol @Medhi @Tao Sorry ! #subvention #austérité #CriseDes100Ans On va à la piscine ?

Tao @Anim tu te crois en 2010 ? lol @Pol @Medhi

Anim @Pol @Medhi Vous croyez que je vois pas vos IP ? @Tao

Medhi @Anim assure y a @Pegguy ki ma fé 1 #dedipic @Tao @Pol

Pol @Tao @Medhi y a moyen de faire une virtual tournante ? Je RT à tous les #lascar ? @Pegguy #salope

Pegguy @Pol va courir sur l’autoroute de l’information. @Medhi @Tao

Anim @Tao @Pol @Medhi Je parlais des e-drogues. J’avais prévenu. Je préviens @Hadopi

Pol @Anim baltringue ! @Tao @Medhi

Tao mdrrr @Amin vont se prendre des TIG ? @Medhi @Pol

Medhi TIG=Twitt d’Intérêt Général ? @Anim @Tao @Pol

Anim @Pol @Medhi Travail d’Intérêt Général !

Pol @Anim c quoi #Travail ?`

Ce billet est l’œuvre de Vincent Bernard aka Vincnet_B sur Twitter

Longtemps chef de projet en ingénierie de l’information, Vincent se consacre aujourd’hui pleinement à sa carrière d’auteur à la petite semaine. Penseur indépendant et quasi-autodidacte, il s’intéresse de près aux savoirs embrayés, à ce qui se découvre au jour le jour et au fil des échanges. C’était donc tout naturel qu’il s’invite sur médiaculture. A savourer sans data-restriction sur Welovewords et Feedbooks

Dans la série des “jobs du futur”

Crédit photo @Isabelle Scappazzoni via Flick’r

Groupie 3.0

Bougies de groupie

Bougies de groupie

Allez, dépêchons, je vais rater son lever… Presque 8h00. Parfois elle tweete avant 8h30.
Par exemple mardi dernier, j’ai bien failli la manquer. Je sais pas ce qui lui a pris : 7h30. à peine et boum déjà devant son clavier. Elle n’était même pas en déplacement, j’ai vérifié. Elle a du faire un cauchemar à tous les coups.

C’est la faute de tous ces charognards qui la harcèlent sur le projet NUL, numérisation universelle et libertés. Faut arrêter, c’est pas de sa faute tout ça. Elle y peut rien. Leave NKM alooone !!!

Le fichage informatique de toutes les données personnelles y compris religions et opinions par l’administration, c’est dégueulasse et atrocement dangereux, mais enfin, elle a laissé entendre plusieurs fois qu’elle était contre. Le 22 mars dernier elle déclarait : “je ne suis pas sûr que le dispositif de contrôle envisagé par le groupe PMU soit la meilleure réponse aux problèmes de délinquance numérique.” C’est quand même assez violent ! Moi je la trouve hyper-courageuse.

Allez zou, je me lance. Je lui dit “coucou” aujourd’hui ou “salut” ? Hier c’était quoi déjà… voyons mes fiches… “Hello”. Ah je l’aime bien celui là. Dommage, je peux quand même pas lui servir deux fois de suite ? Que penserait-elle ? Quel manque d’imagination… non, je vais lui lancer un simple “bonjour Nathalie”.

Ensuite, le mieux c’est que j’attende que les autres l’agressent. Et ensuite je prends sa défense, et je les massacre ces salauds. Elle répond jamais rien, mais je sais qu’elle apprécie. D’ailleurs elle répond peu en fait. Sauf aux “influents” du premier cercle. Faudrait que j’arrive à me faire retwitter par Abikry. Lui elle l’écoute et lui répond à chaque fois !

Il se rend même pas compte de la chance qu’il a, ce con. La dernière fois elle lui fait une réponse de quasi 85 signes et qu’est-ce qu’il répond, lui, nonchalant et désinvolte ? “peut-être…”

Mais si j’intègre sa garde rapprochée, si elle voit qu’il me connaît et me répond, ça va augmenter mon CD, capital crédibilité. Je devrais ptet’ songer à me faire des IV ? Les indices de visibilité, c’est quand même efficace pour récupérer un peu de diffusion virale sur son nom. Y’a des agences qui peuvent te retweeter 5 fois par dix comptes différents de niveau 2, tous les jours pendant une semaine, pour à peine 5 000 pops.

C’est une somme c’est vrai, mais tu gagnes facile 500 abonnés de niveau 3 et parfois quelques comptes de niveau 2. Si, ça arrive !  J’ai un pote qui a récupéré Bosselin, vladovincent et vivi. Il paraît même que Master_legolas lui a envoyé un smiley.

Ou alors je peux confier mon compte à PopBooster. Ils s’engagent à tweeter en mon nom 10 fois par jour pendant un mois pour 8 000 pops. Avec le pack de base : culture et humour. C’est 1000 de plus pour avoir le sarcasme, l’émotionnel, ou le poétique. Mais vache, c’est efficace.

L’autre jour j’ai vu un truc sur le compte de Lorenzo, trop drôle, trop pertinent : “cessons de courir le RT, la singularité n’est pas synonyme de raté”

Ouah, c’était vachement fort, hyper bien dit. ça a parlé à tous les petits comme moi. Forcément j’ai retwitté, comme tout le monde. J’ai regardé en fin de journée, il avait 150 RT !
J’espère qu’il a pas choisi le pack performance indexé sur le résultat. Ca peut vite exploser ton budget. C’est qu’ils sont forts ces publi-boosters là. Surtout l’agence DigitalReput…  Sur tous les podiums de la Digital Branding Association (DBA).

Ca y est les vautours s’agitent, je les vois s’allumer un par un sur mon monitor-écran. Déjà 8 messages envoyés sur la liste des 184 abonnés qu’elle suit. Deux flagorneries, 5 bonjours, une question. “que pensez-vous du lapsus mondio-diffusé de la ministre de l’intelligence digitale, à propos des CD-Roms ?”

Elle répondra pas. Pas folle la guêpe, plus à perdre qu’à gagner. Pas se fâcher avec une amie… N’empêche, confondre CD-Roms et D-rams, pas de quoi en faire un drame. Mais pour la ministre de l’ID, c’est pas une bonne idée.

Allez, les gars, soyez plus incisifs ! Je le sors quand sinon moi mon numéro de chevalier blanc ? Je me sens en veine aujourd’hui. Elle va me parler, me répondre, me smiler… et qui sait m’ajouter ?

Nonn faut pas rêver, je suis qu’au niveau 4… Mais d’ici un an ou deux, avec des IV réguliers… Je peux y arriver, j’aurai un beau bronzage digital. Elle pourra pas me résister. Allez Nathalie, répond-moi…

Paris, 28 septembre 2015

Cyrille Frank aka Cyceron

Toute la série des “jobs du futur”

Crédit photo via Flick’r @Jordy B

D’après une idée proposée par David Abiker qui a rencontré un écho et motivé cette chronique.

Relookeur social

– “Non monsieur Barnach… Sincèrement…

– “Barnatché ! Barnatché !… C’est basque ! ..”

-“Hum, oui…Monsieur BARNATCHEE… [putain le con, me lâche pas les miennes…], je ne voudrais pas que l’on parte sur de mauvaises bases. Je ne peux pas faire ce que vous me demandez… C’est comment dire… immoral, inacceptable, contraire à la déontologie de ma profession, c’est…”

– “Haha, je vous vois venir vous… C’est quoi la rallonge qui fait défaut à votre conscience ? 10, 15… 20 000 pops ?”

– “…” Monsieur Barnatch”

“Barnatchéééé !!!”

“Oué… Monsieur B. Ecoutez-moi. Il y a des choses que nous ne pouvons  nous permettre. Il y a des principes que cette agence ne peut baffouer, c’est une question d’éthique, de respect de soi, de mora…..”

“50 000 ?”

“…”

“Monsieur Barnatché… Je suis frappé… Tant d’insistance… Cette volonté que vous avez… Vous devez être en situation de détresse… Qu’espérez-vous de moi ?”

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fin de soiree numerique

Fin de soirée numérique

23h. Le faisceau de suggestions publicitaires est déconnecté. L’ingénierie olfactivo- sonore est hors ligne. C’est fini, le client est parti.

Putain de journée. Putain de client. Putain de loyer.

Enfoiré … de Barnatschhhh. Connard des îles. Basque mon cul. Encore un empaffé de Hongrois… Pas prêt d’intégrer la CECS*(1) …Tu parles d’un sexe. Il est en train de bien me le fourrer, le salopard de magyar plein aux as. C’est pas lui qui se tapera la taule si je me fais chopper. Et il est là à m’agiter ses jetons sous le nez… C’est dégueulasse de jouer sur la vénalité des petits.

Il l’aura son identité parfaite, le con. Opération lissage de profil sur tous les réseaux sociaux. Sa popularité va faire Bing.

Il me dégoûte. Je me dégoûte.
Merde, 50 000 , ça se refuse pas ? Ahhh, j’aurais pu faire le beau, le grand seigneur “non monsieur, moi je ne mange pas de ce pain là… blabla, bloblo…”

La vérité, c’est que je tuerais à ce tarif. Et là, j’ai juste à rehausser la vie d’un médiocre. Lui donner un peu de lustre et de matière. Je risque 15 ans de prison, mais bon, on se sort pas de merde en escarpins. Je vais prendre un petit raccourci de popularité, c’est tout.

Y’a quand même plus salaud que moi… payé moins cher. Faut juste que je me fasse pas prendre. La DRIN* (2) n’a pas encore sonné, mais jusqu’à quand ?

Ok, 50 000. Deux jours. Concentrons-nous un peu.

Dans la famille des gros beaufs, je voudrais… Monsieur Barnatchééé.

Commençons par ajouter des études supérieures… INPEC (Institut national de perfectionnement en éducation consensuelle), le must du must. Mmm…Trop élévé , pas crédible ? Rhooo… Avec cette médaille en chocolat, les autres ouvriront grand leurs bras. Si on leur présentait un phacochère, armé du Césame… ils le feraient pioncer dans leur lit.

Donc aucune lettres mmm. Collons y une petite citation des familles. “pourquoi pas: ” La volonté de dominer est l’’euphémisme de nos finitudes” oué… ça veut rien dire mais c’est joli, et ça sonne intelligent. Avec ça, Barnasdjé’ va chopper grave.

Fréquentations… Club des organiseurs du peuple (COPS) … Si avec  ce profil, il emballe pas… faut que je change de métier… Ils vont aimer les moutons, c’est sûr. Ca panurge à mort.

Cinq ans que je fais le pied de grue pour intégrer l’élite copsienne  et c’est moi qui aide les autres à y entrer…  Chié…je suis trop bon.  Trop con… Bon, trop pétochard…  Salopard de pollack ! Je vais le faire cracher !

Maintenant,  passons aux choses sérieuses. Intégration de photos 3D , modifications vocales, effacement des sites, témoignages factices… Monsieur Barnatché, vous êtes désormais un homme respectable, spirituel et populaire. Et accessoirement un gros porc, mais je serai le seul à savoir. Quelle supériorité ça me donne sur l’espèce humaine… pathétique.

50 000 pops, c’est pas cher payé, je lui en ai donné pour au moins 500 000.
Bon, c’est au black, soyons pas chien.

Mais pourquoi, c’est toujours les salauds de riches qui en profitent ?

Paris, 24 septembre 2018

(1) Communauté Européenne de Culture Semblable
(2) *Direction de la Répression des Infraction Numériques

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flick’r Ilde Casotti et Flickruser2

Cette nouvelle inaugure une série que je vais consacrer au fil de l’eau à ma vision du futur, à plus ou moins long terme. Elle n’a aucun prétention littéraire. Juste une façon d’exprimer un point de vue de manière plus ludique.

Nouveaux médias : une nouvelle classe de dominants

Le pouvoir au peuple ?

Maintenant le pouvoir au peuple ?

Internet et les nouveaux médias ne facilitent pas le partage du pouvoir. Ces nouvelles technologies comme beaucoup avant elles, permettent surtout l’avènement d’une nouvelle classe dirigeante.

LE PEUPLE AU POUVOIR ?

Avec les nouvelles technologies de l’information se répand l’idéologie du peuple au pouvoir : simplification des techniques, baisse des coûts d’entrée… Les nouveaux produits démocratisent la culture et permettent à tous de s’élever socialement, de “reprendre la main”.

C’est un peu l’idée inhérente à l’UGC (User Generated Content). Nous serions passés de l’ère du consommateur passif à celui de l’internaute actif et créateur. Les technologies “libèrent la créativité”, comme quelques publicités et autre best-sellers nous l’assurent.

D’autres plate-formes libèrent la création du plus grand nombre grâce au financement mutualisé de type My major company

De même le consommateur, désormais acteur (“consom’acteurs” disent les marketeux jamais en mal de néologismes fumeux), prend sa revanche sur les marques. Il décide désormais de manière beaucoup plus rationnelle en se fondant sur la recommandation de ses proches (pdf rapport Credoc) plus que sur la publicité.

Les blogs, Twitter et les réseaux socaiux libèrent la parole, décentralisent et démocratisent la discussion, les médias traditionnels en particulier la presse, perdent leur monopole sur l’information. Celle-ci appartient désormais à tout le monde. C’est la fin de l’information descendante et l’avènement au contraire d’une collaboration avec le lecteur dans la fabrication de l’information. Jusqu’à l’irruption d’un journalisme à la demande, où la ligne éditoriale est déterminée par le lecteur lui-même.

Avec Facebook, Les PME peuvent se lancer dans le grand bain du e-commerce avec facilité : il leur suffit de monter une page de fan. Plus besoin de développer des usines à gaz, monter des bases de données sur serveurs et maîtriser 5 langages informatiques. Démarches totalement inaccessibles qui les rendaient totalement dépendants de web-agencies plus ou moins sérieuses ou honnêtes.

Le savoir n’a jamais été aussi libre d’accès grâce notamment à Wikipedia, qui malgré ses erreurs, reste un source encyclopédique assez fiable (ou plutôt pas moins mauvaise que d’autres). Les grandes universités fournissent désormais gratuitement en ligne leurs cours en vidéo à l’instar de quelques prestigieuses grandes écoles, telle Yale

Une pléthore de bases documentaires sont en libre accès comme je le décris dans mon billet “nouveaux medias : trop de mémoire ou pas assez ?

L’ARGUMENTAIRE DES VENDEURS DE PELLES


Ruée vers l'or

Nouveaux médias : le nouvel eldorado

Dans la ruée vers l’or américaine de la fin du XIXe, sauf exceptions, les seuls qui firent fortune  sont ceux qui vendaient les pelles et les pioches.

Aujourd’hui, face à l’eldorado du web, les “vendeurs de pelles” sont les agences marketing, les consultants, les web-agencies, les fabriquants de matériel informatique… tous ceux qui ont intérêt à générer le plus d’investissement dans le secteur, à faire venir un maximum de prospecteurs.

Il s’ensuit un bouillonnement d’activité, d’innovations, d’émulation qui n’est pas que négative, bien au contraire, quand elle n’est pas exagérément risquée

Mais le discours pro-web 2.0 sous-estime bien souvent les risques pour les entreprises. “Entrez dans la discussion, jouez le jeu de la transparence”… Oui, sauf quand les moyens de gestion communautaire ne sont pas là, sauf quand la manière de procéder n’apporte aucune valeur utilisateur. Ouvrir une page de fan Facebook alimentée d’un flux d’infos corporate, c’est comme les “sites vitrines” des années 2000 : cela ne sert à rien si ce n’est enrichir un peu l’agence qui aura vendu le projet (“vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas en être”)

En revanche, ouvrir ses produits aux commentaires sans Community manager digne de ce nom (et pas un stagiaire qui en sait à peine plus que vous), c’est dangereux. C’est comme appeler des gens au téléphone, sans jamais parler : ça agace.

UN DISCOURS MERITOCRATIQUE CULPABILISANT

Avec la simplification des outils, la démocratisation et la gratuité des savoirs disponibles, la baisse des coûts d’entrée… tout semble tellement plus facile que si l’on n’y arrive pas, c’est qu’on ne le veut pas vraiment. C’est cette mythologie de la méritocratie que la sociologue Marie Dullut-Berat décrit pour le domaine scolaire.

Ce discours du “tout est possible” est celui du libéralisme économique et de la droite traditionnelle. Libérez les entraves qui pèsent sur les individus et la société dans son ensemble y gagnera. En plus d’être efficace, ce système est juste car il repose sur le mérite puisqu’il favorise l’accession des plus dynamiques, ceux qui ont la volonté de s’en sortir, ceux qui ont fait l’effort, ceux qui ont pris des risques…

Sauf que cette vision utopiste minore tous les facteurs indirects et néanmoins puissants d’inégalité, tels que le niveau culturel, le capital culturel, les valeurs d’ambition, de confiance du milieu d’origine etc.

On retrouve avec le web 2.0 toute cette utopie dangereuse du possible qui rejette implicitement dans le camp des fainéants ou des inaptes, tous ceux qui ne prennent pas le train de la technologie.

Je me rappelle du cri sincère de Loïc Lemeur, lors d’une réunion de blogueurs en pleine présidentielle 2007, qui, s’adressant à une jeune fille sur-diplômée expliquant sa difficulté à trouver du travail s’écria : “monte ta boîte !”.  Cela lui paraissait évident, voire facile et il ne semblait pas comprendre la réticence de ceux qui hésitent à se lancer. Sans prendre conscience que sa confiance, son assurance à lui, sont le résultat unique d’une éducation de confiance, de réussites accumulées, de rencontres motrices, de chance… sans parler des facilitateurs de parcours comme les grandes écoles (HEC en l’occurrence).

LA CONSTITUTION D’UNE NOUVELLE ELITE

Nouvelle élite

Une nouvelle classe dominante

En réalité, les nouvelles technologies consacrent surtout l’avènement d’une nouvelle classe dominante : ceux qui les maîtrisent.

Tout comme les maires du Palais ont remplacé les monarques mérovingiens (les fameux “rois fainéants”), comme la bourgeoisie a remplacé l’aristocratie après la révolution française… Aujourd’hui se construit lentement sous nos yeux une nouvelle classe médiatico-commerciale qui prend le pas sur les héritiers d’une économie vacillante

Jeunes journalistes 2.0,  communicants et marketeux technophiles, experts et consultants en réseaux sociaux, entrepreneurs du secteur technologique… Tous ceux qui s’adaptent à l’accélération du changement pour non seulement survivre mais  en vivre.

Ce n’est ni juste, ni injuste car l’Histoire est a-morale, contrairement à ce qu’on veut parfois nous faire croire. C’est juste une évolution logique et inéluctable qui crée des crispations du côté de ceux qui refusent ce déplacement de pouvoir car ils se sentent menacés, à juste titre d’ailleurs.

Ainsi par exemple, Erwann Gaucher qui dénonce fort justement dans son article le mépris de certains médias traditionnels vis à vis de nouvelles pratiques du journalisme, en l’occurrence le “personal branding”.

Les changements technologiques importants dans l’Histoire sont toujours créateurs de déséquilibres et de bouleversements politico-économiques. La maîtrise du fer a favorisé les tribus sur celles qui pratiquaient le bronze, la technique militaire collective et soudée de la phalange grecque ou de la manipule romaine ont permis la domination de ces deux civilisations, les armes à feu ont permis l’unification du Japon par les clans Nobunaga et Tokugawa, ainsi que la domination coloniale…
Lire à ce sujet l’excellent “culture et carnage

Aujourd’hui l’arme de domination sociale principale de nos sociétés modernes est l’information. Et à ce jeu là, les classes déjà dominantes, comme toujours, sont les mieux armées. Contrairement au discours technophile utopiste, nous assistons non pas à une démocratisation du pouvoir, mais à un déplacement entre groupes déjà favorisés. Aux lions la carcasse, à la masse des chacals alentour, peut-être quelques miettes du festin.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo Flick’r: zert., zerozz1080 , Dunechaser

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